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ARENE PRISE D'ASSAUT
Pour une fois les anti taurins n'ont rien à voir dans l'affaire, seule l'étourderie du rejoneador méxicain Rodrigo Santos étant en cause et l'ayant conduit à signer deux contrats pour le même jour, pour deux arènes distantes de trente kilomètres à peine.
Depuis plusieurs semaines les empresas de Merida et de Motul faisaient donc assaut de communiqués de presse, les deux assurant avoir signé le premier contrat et être donc dans leur bon droit pour revendiquer la présence du rejoneador dans leur arène. Depuis quelques semaines aussi, Rodrigo Santos avait fait son choix et déclaré qu'ayant signé en premier pour Merida c'est là qu'il se produirait, invitant toutefois les organisateurs de Motul à avancer l'heure de leur corrida afin qu'il puisse également s'y rendre.
Pour preuve de sa bonne foi, le rejoneador annonçait son intention de diviser sa cuadra et de louer un hélicoptère, précisant qu'il lui serait ainsi possible de toréer les deux premiers toros de la corrida de Motul pour peu que celle-ci débute à 14 heures, ce qui lui laissait le temps d'être au paseo à Merida pour 16 heures.
Malheureusement, désireuse de tenter l'épreuve de force pour tenter de destabiliser sa concurrente, l'empresa de Motul refusa. Dès lors, avec une promptitude remarquable dans un pays habituellement si lent qui laisse penser que de puissants arguments (sonnants et trébuchants ?) ont été avancés, les autorités locales se mobilisèrent pour faire entendre raison au rejoneador récalcitrant, contre lequel, suite à la plainte de l'empresa des arènes de Motul, un mandat d'arrêt avait été préparé pour le cas où il ne s'y présenterait pas au paseo.
On vit alors, à peine la corrida de Merida commencée, débouler les forces de sécurité publique, deux cents agents prenant d'assaut les portes du patio de caballos défendues avec acharnement par une sécurité privée, avant de tenter de s'emparer de Rodrigo Santos, lequel fut protégé par les empresarios de la plaza qui lui permirent de monter à cheval et de toréer, exhortant à travers les hauts parleurs le public à faire barrage aux forces de police qui investissaient le callejon, puis la piste à la mort du toro. Une pluie de projectiles divers les accueillit, permettant à Rodrigo Santos de disparaître une nouvelle fois, ayant troqué sa casaquilla pour des vêtements civils, et de s'installer dans les tendidos où il fut finalement identifié et arrêté.
Hier soir, après avoir passé 24 heures en garde à vue, Rodrigo Santos a été libéré sous caution sur intervention de l'empresa de Merida... laquelle l'a immédiatement mis au cartel de la corrida du 21 janvier au cours de laquelle il fera le paseo en compagnie de Zotoluco et de Michel Lagravère pour un plein quasi assuré grâce à la popularité que lui a valu l'épisode clochemerlesque du 1er janvier.
André Viard
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