LA FORME PRIME SUR LE FOND




En répondant à la ministre Narbona par une longue chronique publiée dans le quotidien El Mundo d'hier, Alberto Boadella apporte une nouvelle fois la preuve de son aficion et de sa capacité à en assumer la défense en débattant au fond. Mais malheureusement, dans ce domaine comme dans bien d'autres, le débat d'idée est démodé depuis longtemps.

Notre époque, et ce n'est pas à son avantage, est celle de l'image, du zapping, du résumé et des effets d'annonce. Qui, mis à part quelques specimen bientôt obsolètes, lit encore un article de deux pages dans un journal pour en tirer la quintessence ?

La forme prime sur le fond et la ministre Narbona le sait bien, surtout connue jusqu'à présent en Espagne pour son incapacité notoire à règler les problèmes qui lui incombent - celui de l'eau notamment - et qui a choisi, pour redorer son image, de s'en prendre à la corrida.

Une opération rondement menée qui lui a valu en une petite semaine de voir son nom sur de nombreux medias espagnols et étrangers, récoltant ainsi en terme de notoriété les dividendes de son attaque. Bénéfice net pour elle : son nom ne sera plus associé à l'incurie de sa gestion des ressources naturelles. Ni, comme le fait astucieusement remarquer Boadella, au scandale de l'élevage extensif des porcs en Catalogne qui a valu à l'Espagne - un comble - des remontrances de la part de Bruxelles en raison des dommages causés à l'environnement... dont la ministre Narbona a la charge.

Le reste, c'est à dire le débat de fond, la ministre s'en contrefiche comme de sa première veste. Et il faut bien le dire, elle a raison, dans la mesure où sa prise de position a plus fait pour elle que plusieurs mois passés à la tête de son ministère.

Je ne veux évidemment pas dire par là que la réponse intelligente faite par Boadella est inutile - il n'est jamais inutile de faire valoir nos arguments (lire la chronique du Mundo) et il faut se féliciter de l'espace octroyé par le Mundo - mais qu'en terme de rentabilité elle sera malheureusement nulle d'effet. Le mal est fait, et ce n'est pas en démontant la pseudo argumentation de la ministre que l'on y fera grand chose.

La leçon à retenir de cette triste manipulation de l'opinion dans laquelle il est davantage question de promotion personnelle que de débat de fond, est qu'il faut combattre les anti taurins avec leurs propres armes et ne pas s'entêter, comme ils font semblant de le souhaiter, à débattre avec eux.

Le débat est nécessaire, mais avec d'autres forces que celles qui emploient contre nous les pire manoeuvres imaginées depuis longtemps par les officines de triste réputation dont le passe-temps favori est de nourir les "affaires" qui entravent la marche de leurs adversaires et qui sont à la politique au sens noble ce que le terrorisme est à la démocratie.


André Viard