ETAT DE GRÂCE



Rarement, la prestation d'un torero aura donné lieu à pareille unanimité et à pareil débordement de la part des journalistes et de l'aficion : dans les chroniques ou les réactions, tous coïncident à dire que pour la despedida du Pana l'histoire était au rendez-vous.

J'en suis personnellement ravi pour lui, ayant passé trois jours en sa compagnie dans sa ville d'Apizaco alors que le principe de sa despedida n'était pas confirmé et que fidèle à sa légende le torero faisait contre mauvaise fortune bon coeur, ayant appris depuis longtemps à mépriser le cours d'un destin souvent injuste.

Et il sera intéressant de vérifier si les réactions unanimes auxquelles on a assisté provoqueront l'électrochoc dont a besoin la tauromachie au Mexique pour ne pas rester prisionnière, comme elle l'est depuis trop longtemps, de tout ce que le mundillo a produit de mauvais, ce qui aboutit à la désertification de la plupart des grandes arènes.

Car n'en doutons pas, si le Pana revenait au cartel dimanche, l'entrée prendrait des proportions telles que l'on peut imaginer qu'une vuelta dans tous les états débuterait pour lui. Pourquoi cela ne fut-il pas le cas plus tôt ? Parce que le Pana, fantasque mais rebelle, refusa toujours les compromis et osa défier les figuras qui le mirent prématurément à la retraite sans que le public dont il était pourtant le favori n'élève la voix pour le défendre.

L'aficion saura-t-elle se faire entendre aujourd'hui ? Saura-t-elle briser cette omerta qui a fait d'un torero de légende un marginal ? Cela serait souhaitable, mais plus pour elle que pour lui. Car le Pana a des projets, et cette despedida historique lui ouvrira sans doute bien des portes. En revanche, l'aficion n'aura peut-être pas si souvent l'occasion de se manifester pour une cause qui la concerne. Et vous en conviendrez, dans l'optique des combats futurs qu'il faudra mener, celui en faveur de la réabilitation du Pana est encore le plus facile.

André Viard