MARQUETING BLING BLING
Depuis quelques années, la famille Lozano s'est spécialisée dans l'apoderamiento de toreros de dinastie : Capea, Manzanares, Palomo et Teruel...
S'il fallait désigner les meilleurs apoderados depuis l'époque où José Camara faisait la pluie et le beau temps sur le mundillo, une immense majorité des votes se porterait sans aucun doute sur les frères Lozano, Pablo en tête, qui durant des décennies ont démontré leur capacité à dénicher, lancer
et rentabiliser plus de figuras qu'il n'en faudrait pour programmer la feria de Mont de Marsan (j'aurais pu dire Dax, Bayonne Béziers ou Nîmes).
Palomo Linares, Manzanares, Espartaco et tant d'autres leur doivent d'être devenus ce qu'ils furent et chacun sait dans le mundillo que l'immense aficionado qu'est Pablo n'est pas pour rien dans l'éclosion de certains d'entre eux grâce à sa connaissance profonde des toros et des hommes, mais aussi à sa science du toreo qu'il sait parfaitement transmettre. Son jeune frère José Luis n'est pas en reste, et il suffit de se souvenir qu'il imposa contre l'avis de la Comunidad la présence de César Rincon dans les cartels de la Beneficencia en 1991 pour comprendre à quel point la vision d'un seul peut parfois changer le monde. Car cette année-là, Rincon explosa, sortit quatre fois a hombros de Las Ventas et devint la grande figura que chacun sait.
Pourquoi les Lozano ne sautèrent-ils pas sur l'occasion pour l'apodérer ? D'abord parce que Rincon était solidement attaché par un de ces contrats léonins dont Luis Alvarez a le secret, et ensuite parce qu'ils s'étaient engagés, au moment de leur prise de pouvoir à Las Ventas, à n'apodérer aucun torero. Chacun se souvient qu'ils se rattrapèrent ensuite, et que durant la seconde partie de sa carrière, une fois libéré du fameux contrat, Rincon leur confia ses intérêts.
Le marché taurin a-t-il évolué au point que les Lozano n'éprouvent plus l'envie de mener à bien des aventures aussi glorieuses qu'à leurs débuts ? Il y a certes les apoderamientos d'Antonio Ferrera et de Sébastien Castella qui sont tombés dans leur escarcelle (les deux après s'être libérés de Luis Alvarez...) mais il y a surtout une certaine facilité qui les incite à vouloir surfer sur la vague la plus facile : celle qui consiste à profiter de l'effet de marque en rentabilisant des noms. Manzanares (torero de talent sans aucun doute), Capea (les avis sont partagés quoique), Palomo (mais le père est comme leur autre frère ce qui le met à l'abri) et enfin Teruel à qui hier après-midi on a rendu sa liberté faute de temps pour s'occuper de sa carrière, laquelle, il faut bien le dire, n'a toujours pas décollé.
Ce marqueting bling bling - nouveau concept à la mode qui désigne un mode de vie tape à l'oeil - a de quoi inquiéter les aficionados, en ce sens qu'il met l'accent sur la rentabilité à court terme espérée de toreros sur qui l'on mise avant tout parce qu'ils ont un nom. Les frères (fils et neveux) Lozano sont-ils à ce point pessimistes sur le degré de sagacité de l'aficion pour avoir cessé de prospecter comme ils l'ont toujours fait des toreros inconnus dont ils pensent que le talent est digne de leur appui ? Ont-ils choisi la voie de la facilité avec les limites qu'elle comporte ? La rupture amiable et consensuelle annoncée hier avec Angel Teruel est là pour rappeler qu'elles existent pourtant et même pour eux : même apodéré par les plus grands, tout fils de son père qu'il soit, un torero ne peut exister que sur sa valeur personnelle. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle, en tous cas de nature à tempérer le jugement pessimiste qu'auraient pu formuler les Lozano sur la sagacité de l'aficion.