AVIS DE TEMPÊTE




Pour une fois le sacro-saint principe de précaution n'avait pas été galvaudé : le vent du large qui souffle en bourrasque, la tempête qui se lève, les rafales qui se succèdent et les dégâts avec : tuiles emportées comme fétus de paille, branches cassées... et carreton éventré...

D'un coup, comme si un ouvre-boîte géant avait soulevé puis arraché le couvercle, le ventre du lourd carreton de bois s'est arraché, emporté par le souffle contre la clôture qui n'a pas résisté. Éventré, le carreton de mort laisse voir ses tristes entrailles. Une carcasse de contre plaqué, une armature de bois, un tube de PVC et un mécanisme de ressorts et de ferraille imaginé voici plus de vingt ans déjà, lequel, sous la poussée de l'épée, offre à la main la même résistance qu'un toro au moment de l'estocade. Pour un peu, la machine à apprendre à tuer devant laquelle tant de toreros très ou peu connus ont fait leurs gammes aurait pu disparaître... Mais elle a résisté.

Aussi bien, en tous cas, que les forces vives de la nation taurine face à la bourrasque de l'été, quand les médias nationaux prédisaient notre disparition prochaine et que les antis, affichant avec morgue leurs sondages bidons, se répandaient en confidences : interdire l'entrée des arènes aux mineurs équivalait à tarir la source et donc à condamner à terme le renouvellement de l'aficion. Pour eux, concert médiatique aidant, l'affaire était entendue, et l'on se préparait déjà pour la phase suivante : l'interdiction pure et simple des corridas, une question de temps.

Auraient-ils appris la vie à l'école de l'arène qu'ils se seraient sans doute montrés plus prudents. Car dans l'enceinte close, chacun sait bien que jusqu'au coup de puntilla final le toro conserve tout son pouvoir de nuisance et que sa bravoure ne s'éteint qu'une fois son dernier souffle rendu. Malheur aux puntilleros qui bredouillent... Et malheur aussi aux starlettes médiatiques qui, ivres du pouvoir surfait qu'ils pensent tirer de leur image, s'imaginaient pouvoir nous priver de notre identité. Eradiquer d'un coup la culture taurine... quel orgueil insensé a-t-il bien pu pousser cette demi douzaine de pasionarias et desesperados de pacotille à s'ériger ainsi en torquemadas de notre société ?

Sondages bidonnés, expertises de complaisance, pressions de tous ordres, rien ne nous aura été épargné... pas même le doute et la grogne qui montait de nos rangs à l'arrière, très en retrait de la ligne de front où se jouait l'avenir du patrimoine culturel que nous lèguerons à nos enfants. Qu'importe : avec le calme des vieilles troupes, la contre offensive s'est organisée, réunissant ceux qui ne confondent pas l'essentiel de l'accessoire. Cédant aux vociférations inutiles de ceux qui ne font rien, certains nous ont timidement abandonné en route, ils se reconnaîtront. Mais d'autres ont tenu bon tandis que les loups hurlaient : Roger, Olivier, Marcel, Jean-Jacques, Frédéric, Jacques, Reynald, Hervé, Dominique, Francine, Béatrice et tous les autres... au premier rang desquels Jean Grenet.

Et le résultat est tombé, pas encore de manière officielle, mais par écrit et sans ambiguïté : Cédric Goubet, chef de cabinet du président Sarkozy, a ainsi écrit le 8 janvier dernier en ces termes à diverses associations qui plaidaient pour l'interdiction des mineurs aux arènes :

"
Le Président de la République m'a confié le soin de répondre à vos lettres.
Vous avez saisi le Chef de l'Etat de votre souhait que la corrida soit interdite aux mineurs de moins de quinze ans.
La corrida est une tradition à laquelle sont attachés nos compatriotes dans certains territoires français.
Ignorer cette tradition serait considéré par ces populations comme un affront et un déni de leur identité.
Nous ne pourrons faire évoluer la corrida sans l'adhésion de tous car opposer une partie de la communauté nationale à l'autre serait la pire des politiques."


En peu de mots - les mêmes arguments que ceux développés dans la lettre que les entités taurines avaient envoyé au président, non pas à l'insu de leur plein gré comme certains ont voulu le faire croire mais en toute connaissance de cause - tout est dit. Ce qui ne signifie pas que ce sera entendu.
Mais dans l'attente d'une publication plus officielle qui sera faite vraisemblablement quand les principaux intéressés auront été mis au courant - ce qui déclenchera sans doute une nouvelle tempête médiatique - ce courrier contient un message incontournable, tant pour les antis que pour ceux qui ont douté de l'opportunité de notre démarche : après celui mené à Bruxelles et celui du Grenelle de l'Environnement, ce combat aussi nous l'avons gagné !

Pour réparer le carreton ce sera une autre paire de manches... d'autant que l'autre, celui pour toréer, est tout déglingué aussi après un vol plané de quelques mètres et un aterrissage forcé contre une sapinette... En outre, l'avis de tempête n'est toujours pas levé (c'est pour cela qu'il n'y eut pas d'édition hier) et d'énormes déferlantes balayent la plage... S'il était né ici, Conde toréerait autrement, lui qui a appris à se jouer des vaguelettes méditerranéennes qui lui lèchaient les pieds tendrement.




André Viard