VISTALEGRE INNOVE
Alors que toutes les ferias optent pour bâtir des abonnements basés sur la présence espacée de figuras et un bon nombre de bouche-trous, alors que l'imagination n'est plus depuis longtemps une vertu très prisée à la bourse taurine - sauf à Nîmes il faut le remarquer - l'empresa du Palacio de Vistalegre, avec à sa tête Julio Norte, a peut-être décroché le gros lot de ce début de saison : le retour de Morante dans les ruedos européens après son arrêt de juin dernier et la présentation du Pana.
Sur le papier, le cartel annoncé officiellement hier mais que tous les medias avaient donné
depuis plusieurs semaines, a de quoi surprendre bon nombre d'aficionados... et enrager les plus orthodoxes de ceux qui, ne connaissant du Pana que son excentricité et ses cigares, pensent sans doute que dans sa recherche chaque jour plus originale de se bâtir une image décalée, Morante a décidé de dévider jusqu'au bout la bobine de l'absurde.
Ceux qui ont vu toréer le Pana en revanche, savent que ce torero hors normes est capable de tout : du pire, car l'âge venant le corps n'obéit plus toujours aussi bien aux ordres, mais du meilleur aussi, un peu à la manière de ces "vieux" maestros qui au milieu des années quatre-vingt apportèrent dans des ruedos quelque peu asphixiés par l'encimismo imposé par Ojeda quelques relents de ce toreo poétique dont la beauté immatérielle réside avant tout dans sa fragilité. Une question demeure : le Pana s'adaptera-t-il au toro européen qui, pour aussi noble voire docile soit-il est à côté de son lointain cousin mexicain aussi redoutable qu'un tigre ?
Si oui, le public pourrait très bien être surpris par la profondeur et le temple qu'il sait imprimer à ses muletazos, lequel fait penser à un de ses grands anciens, Silverio Pérez, l'inoubliable "Faraon de Texcoco". Si non, ce qui est malheureusement le plus probable, le pétard peut être d'envergure et la désillusion aussi pour ce torero romantique qui aura passé toute sa vie en rebellion contre le mundillo méxicain qui le condamna très vite à un exil injuste.
Reste
Morante, dont on dit beaucoup de bien depuis qu'il a repris l'épée à Mexico, pour lequel ce retour dans la capitale mais en banlieue revêt un caractère fondamental : un non-évènement pourrait réduire à lui seul la voilure de la tournée qu'il prépare, même si l'on sait déjà qu'il sera trois fois à Madrid entre mai et juin. Pour ceux qui taxaient le génial artiste de conformiste, la feuille de route qu'il a donné à son apoderado a d'ailleurs de quoi surprendre : vingt-cinq corridas, ce que l'on savait, mais en priorité dans les grandes ferias, Bilbao et Pamplona comprises.
Pour la France il faudra sans doute attendre encore un peu, les derniers souvenirs laissés par le torero n'étant pas de nature à inciter les organisateurs à miser sur lui, d'autant que cèdant à la mode de la surenchère qu'imposent les figuras, les honoraires
qu'il demande leur paraissent disproportionnés.
Retenez bien la date : 29 février.