OBJECTION DE CONSCIENCE


Par lettre de son chef de cabinet, Xavier Darcos, ministre de l'Education Nationale, a demandé aux recteurs des académies du sud de la France de veiller à ce qu'aucun prosélytisme ne soit autorisé dans les établissements scolaires en faveur de la corrida. Une position qui pourrait être de nature, si par mesure d'équité on la généralisait, à bouleverser l'enseignement français.

"S'il apparaît qu'un certain nombre d'établissements peuvent proposer aux élèves, en dehors du temps scolaire, des activités de découverte du phénomène culturel que constitue la corrida, il n'est pas en revanche dans le rôle de l'Education nationale d'assurer la promotion de la corrida auprès des enfants", peut on lire dans ce courrier. Le côté positif, c'est que le ministre confirme que la corrida est un phénomène culturel dont on peut parler dans les établissements scolaires, contrairement à ce que souhaitaient les anti taurins qui demandaient que cela soit interdit.

Ceux-ci devront se contenter d'une formule sibylline qui laisse place à toutes les interprétations : "C'est pourquoi je vous remercie de vous assurer que les opérations menées dans les établissements scolaires autour de la corrida soient exemptes de tout prosélytisme et qu'elles puissent réunir les différentes associations oeuvrant dans ce champ". Autrement dit, pour pouvoir parler de la corrida dans l'histoire, l'art et la littérature par exemple, faudra-t-il prévoir aussi la présence en classe d'un anti taurin au risque de transformer le cours en pugilat ? C'est le danger.

Et il est surprenant. Car toutes proportions gardées et sans faire d'amalgame, si le principe s'applique à tout le contenu pédagogique, pour éviter d'être accusés de faire l'apologie des guerres lorsque l'on apprend aux enfants le respect des héros morts pour la France, les professeurs d'histoire devront-ils convier en cours un objecteur de conscience ?

En fait, en voulant préserver les enfants de nos écoles de tout prosélytisme, ce qui est louable, le ministre vient de tendre un gros gourdin à ceux qui voudraient ranimer à peu de frais les querelles communautaires dont nous nous passerions bien : car pour aller au bout de sa logique, s'il demande à nos petits écoliers de "porter la mémoire" des enfants juifs victimes de la Shoa, Xavier Darcos devra prévoir aussi la présence en classe d'un imam qui viendra leur rappeler le massacre, par des milices chrétiennes et avec la complaisance de l'armée israëlienne, des milliers de petits palestiniens à Sabra et Chatila. L'équité et le refus du prosélytisme, c'est aussi cela.

André Viard