LA LEGENDE DE RATON
Dans les rues des pueblos valenciens, la légende du toro "Raton" s'enrichit à chacune de ses sorties de nouveaux faits tragiques. Cinq morts lui sont attribuées... même si une seule est confirmée.
Gregorio de Jesús, son ganadero, confirme fièrement que Raton a occasionné une trentaine de cornadas et précise qu'une fois rentré au campo il se montre d'un naturel très doux. Jekill et Hyde en somme, dont la réputation vaut à son ganadero une pluie de contrats, tous les pueblos de la Comunidad souhaitant voir courir Raton à l'occasion de leurs fêtes. Très professionnel, Raton n'embiste, assurent les spécialistes, que lorsqu'il est certain d'attraper sa proie. Lui tourner le dos est synonime de cornada certaine et en août 2006 il découpa littéralement un aficionado de 54 ans lors des fêtes del Puerto de Sagunto.
Depuis, lors de chacune de ses sorties son "cachet" atteint des sommes astronomiques.
Samedi dernier, dans les arènes de Valence, il a infligé trois nouvelles cornadas - une dans le cou et deux aux jambes - à un jeune intrépide de 27 ans désireux de se mesurer à lui en lui donnant un "quiebro". Mais Raton ne s'est pas laissé abuser, et malgré une fuite rapide vers les barrières l'imprudent a été ratrappé deux mètres avant de s'y réfugier. Trois volteretas pour autant de cornadas. Et des honoraires à la hausse pour ce berrendo en negro âgé de six ans et pesant 500 kilos, capable de sauter les obstacles les plus hauts et de rattraper à la courses les recortadores les plus véloces.
Et la légende enfle, sur les blogs et le net, tandis que sur Youtube fleurissent les images de ses exploits. Les connaisseurs assurent que dès sa sortie en piste il choisit sa victime et que dès qu'il fond sur elle celle-ci est perdue. Personne ne songe à le retirer des rues, bien au contraire, et le président de la Fédéracion de Bous al Carrer de la Comunidad Valenciana certifie que Raton est en tous points conforme à la règlementation : la preuve, même le jour fatidique où il donna la mort à Puerto Sagunto, ses cornes étaient soigneusement arrondies.