LE CASO CAYETANO


En coupant les deux oreilles de son second adversaire et en sortant en triomphe durant les Fallas de Valencia, Cayetano a considérablement consolidé un prestige qu'il devait surtout, jusqu'à présent, à sa dinastie et à Armani.

Fils de Paquirri, petit-fils d'Antonio Ordoñez, petit-neveu de Luis Miguel Dominguin, neveu d'Angel Teruel et Curro Vazquez, Cayetano depuis le début de sa carrière est poursuivi par une cruelle malédiction : il fascine en raison de son ascendance mais déçoit dans ses interprétations, comme si pour les aficionados le torero débutant qu'il était encore il n'y a guère devait de but en blanc égaler ses aînés.

Ce qui est injuste mais n'émeuvait personne, Cayetano bénéficiant par ailleurs d'un plan de carrière parfaitement tracé et d'un plan média mieux bordé encore, amplifié depuis l'année passée par sa condition d'égérie (au masculin) du couturier Armani. Ce qui explique, presse du coeur oblige, le succès dont il jouit, les entrées qu'il génère, l'attente qu'il suscite... et les déceptions qu'il occasionne parfois chez ceux qui oublieraient qu'en entrant dans l'arène on laisse tout le reste au vestiaire pour ne plus dépendre que de ce que l'on fait au toro.

Qu'a-t-il donc fait à Valence pour remporter un des triomphes les plus célébrés du cycle dans une arène de première catégorie ? Les avis sont partagés. Juan Posada ne mâche pas ses mots, titrant dans la Razon "Plus de glamour que de bon toreo" avant de conclure que l'on offrit au torero les deux oreilles d'un excellent toro. Pour Barquerito, "le plus important fut l'entrega, la présence et le culot de Cayetano. Torero de expression dès qu'il se croise, va ou sort du toro. Un privilège." Mêmes louanges chez Zabala de la Serna dans ABC : "¡Qué bien y qué templado se montra Cayetano ! Et quelle décision toute la tarde, avec l'envie qui lui manqua en d'autres occasions et avec la caste généalogique qu'il a su exhiber lors de ses grands rendez-vous." Juan Miguel Nuñez, pour l'agence EFE, reste plus mitigé : "Cayetano torea des deux côtés la main basse, accompagnant de la ceinture et de manière languide, ce qui donna sa réelle catégorie à sa faena. On lui donna les deux oreilles sans une seule protestation, mais la seconde n'est pas comparable avec d'autres refusées durant cette même feria, comme la veille à Ponce."

Pour que chacun se fasse une idée sur son importance réelle, il faudra donc attendre de le voir. En France peut-être, ou Madrid et Bilbao... à condition qu'il y aille. Ce qui offre l'occasion de rappeler qu'au même stade de carrière et en ayant beaucoup moins toréé, José Tomas, à qui certains reprochent de ne plus vouloir y aller, y avait déjà triomphé.
Sans être l'égérie d'Armani ni le fruit d'une dinastie prestigieuse. Juste par la magie envoûtante de son toreo.

André Viard