LECON DE LATIN


Parfois, et ce fut le cas hier à Arles, le public voit une corrida différente de celle des toreros. Et entre ces deux perceptions extrêmes, les aficionados y perdent parfois leur latin.

N'étant pas un inconditionnel de Ponce, je n'en suis que plus à l'aise pour regretter les reproches injustifiés dont l'ont accablé hier une poignée d'énergumènes, peu sensibles manifestement à son exceptionnelle intelligence.

Car la corrida de Samuel Flores - certains toros nobles (les deux de Ponce), d'autres carrément retorts (le dernier), demandait une attention de chaque instant et un sens aigu de l'anticipation et du temple. Fallait-il reprocher à Ponce le manque de transmission de ses adversaires, ou bien plutôt admirer son incroyable capacité à laisser toujours en place sa muleta, à règler au dixième de seconde prés l'allure de ses leurres ou la justesse de son placement ?

Dans l'ensemble, le public adhéra de bout en bout à son projet tandis que les professionnels s'émerveillaient de son talent. Mais une poignée de spectateurs resta insensible à cette démonstration de maestria.

Si en d'autres circonstances, face à des toros braves notamment, j'ai également fait remarquer que le toreo de Ponce manquait par trop d'engagement pour atteindre la qualité supérieure que son immense technique lui permettrait d'offrir plus souvent, hier, cette même technique fit merveille et était la seule solution. De quoi y perdre son latin ?


André Viard