Avec les ans, les injustices que tout torero rencontre sur sa route heurtent de moins en moins leur sensibilité. Ce qui n'empêche pas certains de rappeler avec humour aux présidences qu'elles ont fait fausse route.
Ce fut le cas du Fundi hier à Arles, quand, après avoir offert une faena construite, posée, templée et complète face à son second toro de Miura - excellent mais de Miura - et l'avoir tué d'une estocade majeure, il se vit accorder chichement une oreille alors que le public en demandait deux. Les présidents qui ne veulent pas cèder aux pétitions savent comment s'y prendre : il suffit d'aguanter suffisamment avant d'accorder la première pour être sûr de ne pas donner l'autre faute de temps, le train d'arrastre emportant le toro et coupant court à toute récompense supplémentaire.
Pourtant, la faena du Fundi méritait cette double récompense, tant l'intelligence du torero fut patente tout au long du combat, dans sa manière de laisser au Miura le temps de s'installer dans ses embestidas, puis d'exiger de lui ce à quoi sa noblesse le poussait, offrant alors des deux côtés des muletazos parfaitement conduits et rematés. Que manqua-t-il à cette faena pour mériter deux oreilles selon le critère présidentiel ? Nul ne le sait, d'autant que celle accordée face au dernier toro à Sanchez Vara après une faena brouillonne quoique méritoire et un grand coup d'épée aggravait l'injustice. Si Sanchez Vara en méritait une - et ce n'est pas moi qui la lui dénierait - alors le Fundi devait en recevoir deux.
Habitué à ce genre de disgustos, le Fundi a pris l'oreille des mains de l'alguazil, puis l'a montré à la présidence en la remerciant... tout en lui indiquant discrètement qu'elle avait été bien chiche.
Mais comme sa carrière est faite et son prestige aussi, sa contestation débonnaire s'est limitée à ça : deux doigts.
André Viard