L'ETERNEL TREBLINCA


Sur RMC hier matin l'aveu est enfin tombé de la bouche même de la présidente de la SPA, madame Lanty (l'anti quel beau clin d'oeil dans le contexte), laquelle a dressé un constat d'échec de son action après la première journée de l'intergroupe "corrida et jeux taurins".

Au départ, un mano a mano organisé par Jean-Jacques Bourdin entre madame Lanty et moi. Politesse oblige, l'anti est invitée à tirer la première. Sarkozy ? Il a botté en touche sur le sujet. Barnier ? On sent bien que rien ne va bouger. Fillon ? On ne peut rien attendre de lui, il est aficionado. Que devais-je ajouter après un tel constat d'échec, sinon donner raison à madame Lanty sur son analyse de la situation et rappeler que nous avons tendu la main en proposant un consensus autour de l'étude statistique qui a été refusée.

L'aspect économique est évoqué, et madame l'anti de s'offusquer que nous ayons pu oser demander une juste répartition des richesses que nous produisons ! Mais dans quel pays vivons-nous, dans celui des libertés ou celui des talibans liberticides ? Huit cent millions d'euros sont distribués chaque année par le ministère de la culture dans tous les domaines de l'art. Sans cette mânne financière, la plupart disparaîtraient car la culture hors sol est ce que l'on produit de mieux en France : une culture sans public qui survit à coup de subventions. Exactement le contraire de la culture taurine qui vit grâce à son public exclusivement. Cela suffit-il à nous exclure du droit commun ? La seule arène de Nîmes paye à l'Etat un million d'euros de TVA par an. Arles, 600.000... et ainsi de suite. Si l'on considère le phénomène des ferias et des recettes qu'elles induisent, ce sont des dizaines de millions de recettes fiscales que nous occasionnons. Nous exigeons la redistribution au même titre que les autres. Et une TVA à 5,5%. Mais le plus savoureux, est d'entendre madame l'anti s'insurger, elle qui dirige une association qui ne survit que grâce à la charité publique !

Petit couplet alors sur le bien-être animal... Justement parlons-en, et soyons transparents. Combien d'animaux de compagnie sont-ils euthanasiés chaque année dans les refuges et chenils de France ? Cinquante mille, cent mille ? Le nombre n'a jamais été divulgué. J'insiste : si l'on veut parler du bien-être animal en connaissance de cause, il faut tout dire... "Entre cinquante et cent mille par an" finit par concéder la présidente de la SPA... Sans compter ceux dont elle n'a pas la charge, et qui sont les plus nombreux. Un univers nous est enfin révélé dans toute sa dimension. L'horreur de cages sombres, de couloirs tristes et d'une fin qui n'est aseptisée que sur le papier, au terme d'une souffrance intolérable, celle "morale" de ces animaux sentant venir la mort alors qu'ils sont, par la faute de l'homme qui les abandonne après les avoir asservis, en recherche perpétuelle d'amour.

L'éternel Treblinca, avait osé écrire Charles Patterson, comparant le sort fait aux animaux par l'homme à l'Holocauste... Mais quels animaux et quels hommes ? Telle est la question. Alors comparons : qui respecte le mieux le bien-être animal ? Ceux qui élèvent le taureau en lui offrant une vie de rêve au terme de laquelle il meurt en combattant conformément à sa nature, ou ceux qui se débarrassent de leurs animaux de compagnie, lesquels finissent leur vie dans une misère totale, et n'hésitent pas à donner des leçons de morale ? En France chaque année, 700 toros combattent dans l'arène, tandis que cent mille animaux de compagnie (au moins) sont euthanasiés.

La SPA s'est fourvoyée dans un mauvais combat en s'associant aux associations radicales qui militent pour l'abolition de la corrida au risque de déclencher un conflit communautaire. Cette erreur, la SPA ne l'avait plus commise depuis longtemps, et la responsabilité en incombe pleine et entière à sa présidente actuelle qui a joué perso pour se médiatiser. Gagné ! Elle est devenue hier grâce à RMC "madame cent mille toutous euthanasiés".

Le débat s'annonce passionnant pour la séance du 5 mai.

André Viard