CARRETERA Y MANTA

FERIA DE GIJON


EL FANDI A HOMBROS AVEC QUATRE OREILLES


L’année dernière, nous avions eu ici, à Gijon, une pluie d’oreilles avec les toros du Conde de Mayalde pourtant pas reconnus comme une des ganaderias vedettes, mais elle faisait partie des découvertes de Carlito Zuñiga. En même temps, à Dax, un autre lot était toréé à la même heure avec une bonne dose d’oreilles tombée dans l’escarcelle de la terna dacquoise. On attendait donc confirmation, pour aujourd’hui puisque les Mayalde revenaient fouler le sable du Bibio. Ce d’autant que le lot qui attendait, hélas pas toujours sagement, aux corrales depuis avant-hier semblait pétri de qualités. Quelques bagarres ramenèrent ce matin le contingent initial à cinq exemplaires confirmés à la reconnaissance. Pour faire le comte, un Zalduendo fut rajouté pour sortir en troisième position, et il fut couplé avec le numéro 26 dont beaucoup de monde disait tant de bien. Ayant consulté mes notes du carnet précédant, je me suis aperçu qu’il s’agissait en fait du sobrero du lot de l’année passée, cet ensemble si homogène de tempérament et de noblesse qui nous avait tant conquis.

Le Fandi semblait ainsi recevoir au sorteo, sur un plateau, une paire d’adversaires qui avait toutes les chances de le faire triompher. Ce qui fut le cas pour cette corrida Goyesca où tous ceux qui foulaient le sable jaune, arboraient la tenue ad hoc, du mulillero aux areneros en passant par tous les peones qui déclinaient dans toutes les gammes de couleur, les tenues du début du XIX° qui font la joie du public. Celui-ci avait répondu présent en masse, en partie à cause de la présence au cartel du beau Francisco, puisqu’il n’y avait plus la moindre place à vendre à la taquilla. Par beau temps enfin revenu, le lot (465 à 520, moyenne 485 Kg) sortit bien présenté -à l’exception d’un escobillé-, mobile, noble, le sobrero de Parlade étant, lui, éteint et le dernier, brave. Habituelle monominipique (hélas, on peut le regretter, mais c’est ca ou pas de troisième tercio avec des toros debout, on en reparlera en temps utiles).

El Cordobes (blanc purissime et azabache) nous avait promis il y a une dizaine d’années « la Révolution » dans le monde taurin à son apparition comme maestro dans les ruedos. Il est certes bien entouré et se vend très bien. Néanmoins on attend toujours ce qui pourrait le différencier des autres (pour parler franchement, je pense qu’il s’agissait tout bonnement d’une ligne marketing avec tout ce qu’il y a de vaporeux qui va avec) pour cette mutation qui semble complètement avortée puisqu’il continue à toréer beaucoup trop pour la galerie, oublie complètement de rentrer dans le terrain du toro, fait piquer plus que de raison des adversaires qui sont déjà justes de forces, recule le pied avant au lieu d’avancer l’arrière dans les passes de cape où les burels passent loin des taleguillas, les fait tourner autour de lui comme autour d’un piquet, se retire avec la muleta dans le sens inverse de la marche pour terminer des passes poussives qui étaient à peine commencées, impose des desplante complètement inutiles sur des toros qui restent fixes car ils n’ont plus envie de rien après avoir été pressés comme des citrons déjà de tout le suc qu’ils pouvaient exsuder, et pour couronner la pantomime, nous impose un ersatz de saut de la grenouille auquel on s’attend comme une grimace de de Funès dans un de ses gendarmes de saint trucmuche. Affligeant. Aucune émotion transmise, et en plus, il trouve cela drôle car il arbore un sourire béat en s’adressant aux tendido people, du T4 au T10, coté soleil où il a pris racine pour l’après midi. Comme en plus l’épée de son second fut efficace, malgré une entrée à vingt bons centimètres derrière le rincon, on tombe dans l’hérésie de l’attribution d’une oreille puisque la majorité y est. Il n’a même pas donné un tour de cape, puisque ce sont les subalternes qui s’y sont collés, a laissé le bicho faire ce qu’il voulait dans le ruedo puisqu’il a attaqué en toute quiétude le picador de réserves…Mais passons, la liste serait trop longue.

Francisco Rivera Ordoñez (bleu roi et azabache) reçut un premier boiteux qui fut renvoyé pour être remplacé par un castaño de Parlade. Malgré une TPPC (toute petite pique commerciale), le rouquin fut atteint d’un immobilisme tellement prononcé qu’on le confondait dans le ruedo avec un bronze taurin en exposition sur son socle. Il fallut bien le renverser comme toute statue inutile, et il s’en chargea d’un estoc disgracieux pour entendre un premier silence. Il s’investit beaucoup plus au second en le recevant en double L.A.R et il banderilla, ma foi, bien. Classiquement pour les deux premières et un violin corne gauche à la troisième où il fut très applaudi. Son adversaire humiliait, mais le beau Francisco était au pico. Il termina sa faena alors que le negro mulato en avait encore sous la patte ! Les deux pinchazos lui enlèvent tout droit à l’oreille qui lui était promise et il écouta un second silence.

David Fandila El Fandi (orange maltaise et azabache), lui, a fait un festival de cape au plus près serré en recevant en plus son premier par deux L.A.R devant une locomotive envoyée à pleine puissance. Il nous servit comme figure de banderilles, la séquence des quatre : deux dans chaque mains, la première posée au violin qui libère la main droite, et il reprend les deux dernières pour les poser dans la même course, en reculant. Magnifique. Le Bibio debout avec sur l’air des lampions « ….Como el Fandi, no hay ninguno »  ! People, mais sympa. Il toréé au soleil en face du 10 qui lui rend bien la monnaie de son investissement. Pourtant, le toro s’arrête. Il n’en a cure et bouge à sa place, car c’est un malin. Une entière estoconazo et les deux oreilles tombent. Le dernier fut du même type, sauf qu’il offrit un quite por 3 navarras et une chicuelina en sortie, et encore une série de banderilles superbes en marche arrière, avec main sur le frontal en détalant en arrière : du grand art que d’autres essayent de copier sans y arriver. Peu piqué, le toro était pourtant bravito et il fit deux vueltas de campana très éprouvantes car il retomba lourdement à plat sur le dos. Courageusement il s’en releva les deux fois et repartit de plus belle au combat. En étant pointilleux, on parlerait encore d’effets de manche car la faena mit surtout le diestro en valeur alors que le bicho méritait un œil plus attentif tant il avait de la classe. Encore une énorme épée en face du 10, et pétition de seconde à faire trembler les murs. Accordée. Deux plus deux font quatre. Carton plein pour le granadino qui sort a hombros. A propos, six festivals, six sorties a hombros. La magie Carlito Zuñiga continue. Il est au four et au moulin et n’a pourtant plus de voix. Les changements de temps certainement !

El Cordobes : silence et une oreille ; Rivera Ordoñez : silence et silence sous avis ; El Fandi : deux oreilles et deux oreilles. Les toros 1,3,5 brindés au public. Musique à tous sauf au 2bis, lui très sifflé à l’arrastre. Quatre toros du Conde de Mayalde, un Parlade comme sobrero en 2, et le 3 du fer de Zalduendo. Temps nuageux, un peu de vent, mais pas de pluie.
Denis Guermonprez.


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