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REMISE DES PRIX
Plus la fin de saison s'approche et plus je demeure persuadé que c'est à Bayonne, le 15 août dernier, qu'est sorti le lot le plus complet à tous les sens du terme de la temporada française. Car les toros de Joselito furent tout à la fois braves, encastés, mobiles et nobles... Autrement dit toréables à condition de les dominer.
À l'aune de l'indulto dacquois, il y eut ce jour-là au moins deux toros qui méritaient également la grâce, mais nul ne songea à leur offrir seulement une simple vuelta posthume. Ce qui était injuste et permet de se demander si le public bayonnais possède moins de sensibilité que son voisin landais, ou si, ce que je ne suis pas loin de croire, bien d'autres paramètres entrent en ligne de compte pour expliquer les réactions d'une foule dont le comportement parfois irrationnel est susceptible de variations abysmales d'un jour sur l'autre.
Encore faudrait-il, pour comparer ce qui est comparable, que le public dacquois soit le même chaque jour et le bayonnais aussi. Ce qui n'est jamais le cas. La bonne question pourrait-être alors de se demander si le public bayonnais du 15 août aurait demandé l'indulto pour Desgarbado à Dax en septembre... ou si le public dacquois du 8 septembre aurait manifesté la même ardeur un mois plus tôt pour les toros de Joselito dont, redisons-le, deux au moins étaient bien plus complets que le précédent, à la pique notamment.
Mais cette spéculation ne servirait pas à grand chose, sauf à mettre en évidence le vrai catalyseur de l'indulto qui fut, non pas la qualité intrinsèque de Desgarbado, mais la manière dont il fut toréé. Je l'ai écrit la semaine passée, Morante ne l'aurait certainement pas fait gracier, car chacun de ses muletazos aurait consumé sa bravoure pour l'anéantir peu à peu. Il en serait résulté une faena sans doute géniale, et Desgarbado aurait été immortalisé... mais pas gracié. S'il l'a été, c'est que la faena de Perera l'a remarquablement mis en évidence au point de lui laisser partager la vedette avec lui... ce que lui aurait peut-être reproché un de ses anciens, lequel, torero charismatique et révolutionnaire, n'a jamais gracié aucun toro, précisément parce que lorsque l'indulto survient la faena de l'artiste s'efface au profit de la bravoure.
Ce qui éclaire la question initiale et induit la bonne question : quelque soit le public présent le 15 août à Bayonne, un ou deux des toros de Joselito auraient-ils pu être graciés, toujours à l'aune de l'indulto dacquois,... si Perera les avaient toréés. Et la réponse est : sans doute. Et l'indulto aurait alors certainement fait l'unanimité.
André Viard
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