BLOC CONTRE BLOC...



... ou blog contre blog, pourrait-on dire aussi, tant le débat (pour donner un nom à cette chose) ne semble pouvoir être que véhément entre deux aficions qui semblent ne plus avoir grand chose en commun, sinon, précisément, ce goût du pugilat entre elles.

Si l'auteur des lettres persanes revenait, nul doute qu'il trouverait dans le monde de l'aficion une belle matière pour nourir son projet. Mieux vaut en rire, direz-vous, sauf qu'il y aurait plutôt matière à pleurer dans cette méchanceté jubilatoire qui dégouline dans certaines pages contre les ganaderos, les toreros, ou les aficionados et critiques coupables de n'avoir pas les mêmes goûts.

Béatrice Brettes, dans son communiqué, a parfaitement bien fait de dénoncer l'attitude nocive de certains de ces blogs qui ne se sont pas privés de dénigrer les premiers pas de ses jeunes protégés, comme s'il n'y avait pas mieux à faire. Apprendre à toréer, par exemple, pas pour faire carrière, mais pour comprendre un peu mieux ce dont on parle et éviter de dire et écrire n'importe quoi.

Ne serait-ce que sous cet angle-là, la mise un route du projet d'une "école d'aficion" dont l'idée a été lancée mériterait de se concrétiser. Une école ouverte à tous et qui serait d'abord celle du respect, ce qui éviterait que des bloggers en mal d'identité ne viennent exorciser leur mal-être en flinguant à tout-va.

Autrefois, pour ceux que l'aficion poussait à passer à l'acte, la voie du baluchon et de la muleta rapiécée était la seule alternative aux tertulias enfumées ou aux articles envoyés aux medias institutionnels tel de dérisoires bouteilles jetées dans une mer d'indifférence.

Aujourd'hui, la voie du baluchon a perdu son côté romantique par la faute des écoles - elles ont d'autres avantages - et la façon la plus rapide, sinon la meilleure, de se faire reconnaître au sein de l'aficion, est d'ouvrir un blog et de tirer sur tout ce qui bouge. Il ne faut bien sûr pas généraliser, mais en lisant certaines pages dont on devine la jeunesse des auteurs il y a matière à s'inquiéter.

Est-ce cela l'aficion de demain ? Est-ce dans ce déferlement d'aigreur et de méchanceté gratuite que les futurs toreros devront chercher leur reflet ? Si oui, comment s'étonner du fait qu'ils se préservent de la seule manière que des professionnels, de quelque milieu soient-ils, peuvent le faire : en rentabilisant au plus vite leur succès et en dressant entre eux et ce public un rempart de cynisme qui les rend inaccessibles.

L'école d'aficion que j'appelle de mes voeux, et d'autres avec moi, c'est précisément le contraire : favoriser dans les arènes les conditions d'une écoute intelligente, tolérante et passionnée, aux antipodes de cet esprit de chapelle réducteur et sclérosant. Une école dans la naissance de laquelle doivent s'investir organisateurs, professionnels, associations d'aficionados et critiques, afin de mettre en place un cursus éclectique qui permettrait aux aficionados de demain une autre approche de l'art de l'arène que celle que trop souvent internet leur offre aujourd'hui.



André Viard