Tout le monde s'en fout ou presque, mais la maison-mère des coquillas en Espagne est sur le point de disparaître, par abandon, ou lassitude, ce qui finalement reviendra au même.
Quand j'ai débuté l'écrture de l'opus 25 sur l'encaste Santa Coloma, je savais bien que je n'allais pas rencontrer que des gens heureux. Car Santa Coloma, aujourd'hui, au sens strict du terme, cela se résume à deux sous-encastes, les gracilianos et les coquillas. Le reste, c'est soit de l'Albaserrada, soit du Buendia, c'est à dire un encaste différent dans la mesure où la proportion de sang Saltillo y prédomine nettement sur celle de Ybarra, ce qui chez Santa Coloma - sauf en cas de croisement par Buendia - n'est pas le cas.
Je ne m'attendais donc pas à rencontrer des ganaderos en joie, et je n'ai pas été déçu. Du côté des gracilianos, c'est le marasme, avec la disparition de deux ganaderias déjà, celles de Javier Pérez-Tabernero et celle de son frère Alipio. Reste celle de Juan Luis Fraile, celle de Hoyo de la Gitana, celle de Pilar Poblacion et celle de Valdellan. Plus quelques miettes
sous des appellations diverses mais qui comptent peu sur le marché.
Chez Coquilla, deux ganaderias essentiellement : la maison-mère de Sanchez Fabres et sa dérivée de Sanchez Arjona.
Plus ici aussi des miettes qui ne vendent que des erales ici ou là.
Celle qui m'apparut la plus fragilisée, tout au long de cette enquête, est celle de Sanchez Fabres, en raison de l'acharnement sanitaire qui depuis quelques années la place dans une situation intolérable : à chaque saneamiento sauf deux ont correspondu des abattages, le dernier se soldant par une dizaine de vieilles vaches qui étaient pourtant passées au travers jusque là.
À qui l'administration espagnole peut-elle vouloir faire croire
que ces vaches déclarées indemnes durant quinze ans pour certaines sont devenues malades du jour au lendemain, précisément après que les deux derniers contrôles aient été négatifs sur l'ensemble du troupeau, ce qui avait permis au ganadero de récupérer sa carte verte ?
Quelque chose cloche dans les analyses, et le pire est que les ganaderos n'ont pas le droit de demander de contre expertise, ni même de les demander à des laboratoires privés. Ceux-ci ne se privent pourtant pas de moquer l'administration, en rappelant le cas de ces analyses concernant six toros qui avaient été faites, à l'insu des vétérinaires, avec le sang d'un seul cabestro... Et bien sûr, les analyses avaient trouvé des résultats différents pour les six éprouvettes...
Il reste aujourd'hui, avec ce dernier abattage, moins de 40 mères de Coquilla chez Sanchez Fabres. Ce qui a incité le ganadero, avec lequel j'ai encore déjeuné dimanche dernier au campo, à mettre en demeure la Junta de Castilla y Léon de déclarer le vide sanitaire dans sa finca et d'abattre la totalité de son troupeau puisque de toutes les manières c'est vers ce résultat qu'elle tend. Le prendra-t-on au mot ou saura-t-on réagir pour éviter la disparition de cet encaste historique ?
Au moment de boucler l'opus 25 qui sortira mi décembre, rien n'est certain. Mais si la Junta accepte la proposition du ganadero, c'est une part importante du patrimoine campero qui disparaîtra avec elle. Et ce ne sera malheureusement pas la seule.
André Viard