Sans surprise, la ville de Nîmes a donc décidé de confier l'exploitation de ses arènes à Simon Casas pour une durée de cinq ans, et à ceux qui dénonçaient par avance un délit de favoritisme, les conditions du marché apportent un démenti cinglant : jamais, depuis cinquante ans, l'amphithéâtre n'a été concédé dans des conditions d'exploitation aussi défavorables pour l'adjudicataire.
Dans un communiqué annonçant sa décision, la Ville de Nîmes se félicite de la transparence avec laquelle la décision a été prise - elle a raison -, ainsi que des conditions particulièrement avantageuses pour elle qui résultent de la négociation serrée qui a tenu en haleine l'aficion locale depuis la fin de l'été. Elle a raison aussi, mais sur ce point le bât blesse.
Car s'il est légitime de veiller à ce que la mise en concurrence profite au consommateur aficionado, il est dangereux de laisser filer l'aspect financier du dossier, au risque de transformer la consultation en surenchère et de déboucher sur une victoire à la Pyrrhus. Un rapide calcul permet en effet de comprendre que par rapport à la gestion précédente l'adjudicataire va devoir affronter un supplément de dépenses de l'ordre de 250.000 euros en terme de loyer indexé désormais sur la totalité de ses entrées (droits télé, vente de viande...) et non plus sur les seules ventes de billets, tandis qu'il va devoir supporter un manque à gagner d'environ 150.000 euros sur les droits de location. Autrement dit, ce sont 400.000 euros de recettes, au bas mot, qui disparaissent. Soit, en gros, le cachet de José Tomas ou celui du Juli ou Castella, deux fois.
À quoi est due cette augmentation inconsidérée des charges de l'adjudicataire qui va grever son pouvoir d'achat ? En partie à une réflexion faussée par des considérations autres que taurines, en partie à l'offre démagogique de son concurrent, en partie à la pression mise sur la Ville par le quotidien local qui depuis des mois a envenimé le débat au risque de causer un tort considérable aux arènes de Nîmes dont ces nouvelles charges compliquent considérablement la rentabilité, au point, peut-être, de réveiller à terme l'épineux débat entre gestion publique et gestion privée.
Car il ne faut pas oublier que la première des charges supportées par un organisateur privé est la TVA sur ses recettes au taux exhorbitant de 19,6%, tandis que les arènes
qui ont choisi une gestion municipale (autour de Nîmes, Beaucaire et Istres par exemple) n'y sont pas soumises. Cette distorsion de la concurrence sur un territoire donné pénalise les premières et explique que les secondes, malgré une capacité d'entrée moindre, puissent programmer des figuras à prix cassé.
Sans que nul ne l'ait donc envisagé, les termes de cette concession nîmoise posent donc peut-être le problème de la survie d'un mode de gestion privé qui ne peut demeurer viable que si les élus prennent garde, au nom de l'exception culturelle dont il s'agit, de placer leurs arènes dans les meilleures conditions d'exploitation possibles, ce qui à Nîmes, pour les raisons exposées, n'a pas été le cas.
Ce serait mal connaître Simon Casas que de penser qu'il n'a pas soigneusement pesé tous les termes d'une procédure viciée par le climat délétère entretenu par divers acteurs de la vie politico-taurine nîmoise, lequels n'ont sans doute pas mesuré à quel point leur démarche allait à l'encontre de la tauromachie dans leur ville. Ceci dit sans considération partisane, dans la mesure où, s'il l'avait emporté, Stéphane Fernandez Meca se retrouverait aujourd'hui dans une situation bien pire, prisonnier de ses promesses téméraires avec des budgets revus à la baisse. Autrement dit, il l'a échappé belle.
Pour Simon Casas, en revanche, qui connaît la gestion de l'amphithéâtre mieux que quiconque à Nîmes depuis quarante ans, cette victoire acquise chèrement mais en connaissance de cause constitue un défi à la mesure de son talent... et de sa puissance : à la tête de Valence, Nîmes, Alicante et Mont de Marsan, associé à Castellon, il est un des rares à posséder les clés pour résoudre cette difficile équation.
André Viard