Le froid, le Consortium du Stade de France qui s'est révélé incapable d'empêcher sa pelouse de geler, la manif des anonymous, le référendum chômeurticide et la mort de Whitney Houston ont eu raison de l'intérêt que les medias auraient pu porter - en l'absence de toute actualité plus chaude - à la pitoyable manif anti taurine organisée à Paris samedi par un collectif de 150 associations et qui a réuni quelques petites centaines d'indignés aux revendications hétéroclites.
La taurophobie a donc été rejetée à sa vraie place, et loin de susciter le débat de société qu'appelleraient de leurs voeux "80% de nos concitoyens" (sic), la petite cohorte de clampins a battu la semelle en vain pendant deux heures sans susciter le moindre intérêt, et, ce qui est plus grave pour elle, en l'absence de ses soutiens institutionnels habituels (EELV n'était pas représenté alors que lors de la dernière manif le parti Vert l'était).
La principale raison de cet essoufflement manifeste tient à la nature de ce mouvement lui-même : rien de solide ne peut être construit sur le rejet et la haine, même quand on prétend les dissimuler sous le masque de la compassion. Au demeurant, tout au long du court cortège, on a beaucoup plus parlé des chats des rues et des pigeons des villes que des toros, ce qui confirme que l'antitaurinisme recrute le "gros" de ses troupes parmi la population citadine, laquelle, on le sait, s'est depuis longtemps coupée du monde animal en ayant perdu tout lien avec la ruralité.
Dans le blackout quasi total observé par la presse sur le sujet, les documents qui ont été fournis à celle-ci par l'Observatoire (lire) ont également joué un rôle important. En informant celle-ci de la position de principe confirmée par François Hollande, François Bayrou, Jean-Marc Ayrault, Eva Joly et Cécile Duflot notamment, qui, tous, considèrent que la corrida, légitime au regard de la loi et légitimée par son inscription au Patrimoine Culturel Immatériel, est une exception propre aux régions du Sud qu'il convient de préserver, l'Observatoire a tué dans l'oeuf la politisation du débat que souhaitaient les indignés taurophobes qui, depuis des mois, n'ont eu de cesse de menacer les candidats en leur rappelant qu'en "2012 les toros voteront".
Malheureusement pour eux, la classe politique a eu la sagesse de comprendre que les aficionados voteront aussi et que ce serait un bien mauvais signal à envoyer à une société qui souffre que de lui donner à penser que dans la France du XXIème siècle le retour de l'Inquisition serait programmé. Au contraire, en se positionnant du côté des cultures minoritaires, les hommes et femmes politiques de tous bords qui ont répondu à l'appel de l'Observatoire ont garanti à celui-ci que la liberté culturelle demeurait un de nos biens les plus précieux.
Quant aux chats des rues, chacun sait que la gestion de leur population que les indignés revendiquent pour eux passe par le castrage.
Pour leur bien-être bien entendu.
André Viard