L'HEURE DE VÉRITÉ




Le 15 octobre dernier, le Préfet du Gard a rappelé au président du CRAC que, selon les termes de l’article 431-9 du code pénal : «Est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende le fait d'avoir organisé une manifestation sur la voie publique n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration préalable dans les conditions fixées par la loi ; ou d'avoir organisé une manifestation sur la voie publique ayant été interdite dans les conditions fixées par la loi."

Ce qu'il ne lui avait pas dit, mais ici, moi, oui, c'est qu'à force de provoquer, d'agresser et de transgresser, il flirte avec la dissolution de son mouvement, "honneur" réservé aux factions composées d'individus irrespectueux du droit et de l'ordre public, ce que le sieur Garrigues s'applique à rappeler qu'il est, jour après jour, grisé par l'exposition médiatique que lui offre Midi Libre à chacune de ses actions. Et pendant ce temps le dossier grossit.

Pour qui veut en posséder une vision plus large, il faut rapprocher les troubles occasionnés par le CRAC de ce qui se passe en Bretagne, où, dans un tout autre domaine et pour d'autres raisons, un mouvement de fronde est en train de gonfler contre l'écotaxe, sur fond de crise des filières agricoles et agroalimentaires, mouvement qui, selon le SDIG, serait attisé notamment par deux groupes identitaires, l'un d'extrême gauche, l'autre d'extrême droite... exactement comme ce qui se passe au CRAC où les deux extrêmes cohabitent, ainsi qu'une troisième faction identitaire, celle des abertzalés.

Comparer les méfaits du CRAC aux aspirations vitales des agriculteurs bretons serait faire injure à ces derniers, mais ce parallélisme met en évidence un des travers les plus pervers de notre société, dans laquelle tout conflit est immédiatement instrmentalisé pour servir de vitrine à des mouvements subversifs qui n'ont pour seul objectif que la destabilisation du pouvoir en place : anars et fachos, même combat. C'est ce que semblent avoir finalement compris de nombreux sympathisants du CRAC qui abandonnent un mouvement gangrené désormais par les encombrants alliés de leur président, dont les policiers présents à Rodilhan, mais aussi à Rion, ont constaté le professionalisme en matière de guerilla urbaine.

Ce qui permet de poser le vrai problème : ce n'est pas parce qu'il milite contre les corridas que le CRAC est menacé de dissolution, mais parce qu'il le fait de manière contraire aux usages républicains et à la loi. Que dit celle-ci en la matière ? Qu'il y a deux voies ouvertes pour dissoudre un mouvement : l'administrative, et la judiciaire. La dissolution judiciaire intervient sur demande des pouvoirs publics ou à la requête de toute personne y ayant un intérêt légitime, dans le cas, notamment, de dérives sectaires caractérisées par diverses infractions (atteintes aux personnes) ; la décision d'interdiction est alors prise par le tribunal de grande instance du siège de l'association. L'interdiction par l'autorité administrative intervient quant à elle notamment lorsque les membres d'une association ont commis en réunion, en relation ou à l'occasion d'une manifestation, certains actes répétés tels que dégradations de biens, violences, incitation à la haine... La décision de dissolution est prise soit directement par le gouvernement, soit par le préfet.

Une troisième voie que j'avais évoqué il y a quelques jours, est également ouverte aux aficionados, sur la base de la discrimination dont font preuve ces véritables barbares à l'encontre d'une communauté de citoyens, stigmatisée en tant que telle, avec, circonstance aggravante, des dommages causés à une activité économique, ce qui est bien sûr le cas à Rodilhan, tant pour les organisateurs du festival qui n'ont pu vendre tous leurs billets en raison du blocus mis en place autour des arènes, que pour Chouchou, dont le fond de commerce a été vandalisé dans l'enceinte même des arènes.

Les voies judiciaires étant toujours très longues et parfois assez impénétrables, la voie administrative semble donc la mieux indiquée, et est celle qui sera suivie. Jean-Paul Fournier a déjà indiqué que les parlementaires du groupe d'étude sur la Tauromachie vont demander au Ministre de l'Intérieur d'y réfélchir, l'Observatoire lui a déjà écrit à ce sujet et le rencontrera bientôt, et le maire de Rodilhan a également saisi le préfet du Gard de la même demande. La voie judiciaire ne sera pas délaissée pour autant, et, avec sa lenteur solennelle, sera employée au pénal, pour mettre monsieur Garrigues et ses sbires face à ses responsabilités. L'heure de vérité va bientôt sonner.

Nouveau cas d'intimidation signalés dans des dépôts de presse. Le message est clair : Terres Taurines doit disparaître des présentoirs. En devenant abonné (voir l’offre d’abonnement mensualisé et la faire circuler), chaque lecteur prend en main l'avenir de Terres Taurines. Et de témoin de l’histoire, il en devient acteur à nos côtés (voir édito).

André Viard