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Comprendre la Corrida

LE TORO

LA BRAVOURE ORIGINELLE

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Constater l'existence d'une agressivité naturelle qui différencie le toro des autres bovidés, n'est pas mettre en échec le concept scientifique selon lequel c'est le milieu environnant qui suscite les caractéristiques des espèces. Bien au contraire : si une prédisposition à l'agressivité a préservé le toro de la domestication, conformément aux théories de Darwin, c’est la rusticité de la vie sauvage que l’homme lui offre qui a porté cette agressivité à son paroxysme. Dés sa naissance le taurillon sauvage est intégré au troupeau où la rudesse de manières de ses congénères le font victime de bousculades qu'il vit comme autant d'agressions. Dans un premier temps, trop faible, il subit et souffre. Mais très vite il s'aperçoit qu'en répondant aux attaques de ses assaillants il peut s'éviter le désagrément de leurs intrusions répétées dans son espace vital.

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A ce niveau, son psychisme répondant aux mêmes automatismes que les nôtres, il lie la notion de bien-être au respect de son domaine personnel et, pour se préserver de la douleur ou de l'inconfortable sensation d'insécurité, il fonce sur quiconque s'aventure dans cette zone : le combat pour la défense de son espace vital devient la condition de son bien-être. Ancrée dans un endroit précis du campo ou plus tard de l'arène cette zone que le toro considère sienne prend le nom de querencia (gîte, repaire, de querer, vouloir) et devient l'enjeu de tous ses combats. Savoir la déceler est pour le torero une des conditions de son succés. Car en vieillissant, le toro désire disposer du meilleur espace vital possible et tente d'assurer sa domination sur le troupeau qui devient ainsi le théâtre d'incessants combats de préséance entre les divers individus qui le composent.

Conformément aux résultats de ces affrontements fratricides s'établit un ordre hiérarchique rigoureux dominé par un chef. Le combat pour ce poste est le plus spectaculaire et lorsque deux prétendants s'affrontent tout le troupeau surveille. Le duel peut durer des jours. Le vaincu, s'il est toujours en vie, est alors exclu du troupeau dont tous les membres, à l'exception du vainqueur, se liguent pour le chasser ou l'achever. Le combat sanguinaire entre frères est la nature profonde du toro.

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Ces combats perpétuels développent chez le toro une intelligence aigüe des tactiques et stratégies nécessaires pour vaincre. José Daza, homme de campo et d'arène, les décrit ainsi dès 1778 : "Deux d'entre eux, qui se connaissent ou ne se sont jamais vus, se mettent à se quereller. Mais avant d'en venir à la lutte, comme ils s'observent mutuellement, quels mouvements et quels coups d'oeil, quelles arrogances, quels demi-cercles, segments, diamètres, hexagones, angles obtus, rectilignes, mixtes et curvilignes ils exécutent l'un et l'autre ! Quelles postures ils prennent ! Comme ils gagnent du terrain ! Combien de lignes droites, parallèles, courbes ou semi-courbes ils évitent ou dessinent ! Quels raccourcis obliques pour gagner du terrain sur l'ennemi ! Et si aucun des deux ne se désiste, lorsqu'ils en viennent aux cornes, quels artifices ingénieux et quelles ruses ils utilisent ! Quelles ingéniosités et quelles stratégies ils préparent, en vue de leurrer leur adversaire ! Comme les coups sont bien calculés et parés !" ... suite ...