Le
but du ganadero est de conserver puis de développer chez ses produits deux
séries de qualités, physiques et morales, le trapio et la bravoure,
si complémentaires et intimement liées, que souvent un toro beau
sera aussi un toro brave. Chaque race a bien évidemment ses critères
de beauté et donc de sélection. Cependant, sil serait irresponsable
de demander à tous les ganaderos dappliquer les mêmes, tous
tiennent compte de facteurs constants qui découlent du simple bon sens.
Sa bravoure le poussant à charger, embister, en mettant la tête en
bas dans une position apparemment si humble que l'on dit du toro qu'il humilie,
humillar, la construction physique du toro doit lui faciliter les choses :
-Bâti cuesta abajo, en
descendant, cest à dire possédant un garrot plus bas que l'arrière
train, le toro aura plus de facilité à mettre la tête que
si au contraire il est cuesta arriba, bâti en montant, position lui rendant
difficile, même si sa bravoure l'y pousse, le fait de mettre la tête
en bas. Embistant alors avec la tête haute, cara alta, voire à mi-hauteur,
a media altura, il rendra la tâche du torero plus difficile.
-La longueur de son cou est également primordiale: doté d'un long cou, mucho cuello, le toro
mettra la tête en bas avec plus de facilité que si celui-ci, plus
court, corto cuello, ne lui permet pas de suivre, tout près du sol, le
leurre que lui propose le torero.
A
l'heure du choix, ne pouvant que spéculer sur son degré de bravoure,
les professionnels, toreros et ganaderos, se fixent donc sur ce faisceau d'indices
qui constituent l'apparence globale du toro, son trapio, synthèse harmonieuse
de son squelette, de sa construction et de son poids. Et l'opposition existant
au sein de l'afición entre aficionados toristas, amateurs de gros toros,
et aficionados toreristas, pour qui l'essentiel est le torero, semble donc futile
et dénuée de sens si l'on veut bien admettre que le toro-toro réclamé
par les premiers est compatible avec la production artistique que souhaitent les
seconds, dés lors que bien proportionné, correctement armé
et doté d'un poids en rapport avec son squelette, on ne juge plus nécessaire
de le surcharger artificiellement de kilos. Le règlement taurin ne précise-t-il
pas que pour une arène de première catégorie le poids minimum
requis, et donc suffisant, est de 460 kg minimum, 435 en seconde, 410 en troisième
? Des poids largement dépassés partout et encore plus en novilladas
où ils constituent, en théorie, la limite supérieure. Le
toro doit-être un athlète. Comment demander à un sprinter
de réaliser la même performance si on lui impose une surcharge de
20% par rapport à son poids de forme ? Avec un toro alourdi, l'affrontement
torero-toro n'existe pas plus qu'avec un toro diminué. De sa mobilité
autant que de sa bravoure et de son intégrité dépend l'intérêt
de son combat et du spectacle.
Les
degrés de la bravoure, dubravo au manso sont infinis et les résultats
de la sélection sont parfois bien éloignés des rêves
du ganadero. Doù le recours, une fois la qualité recherchée
atteinte, à des croisements entre parents rapprochés qui permettent
de conserver cette pureté, au risque, avec la consanguinité qui
en découle, de tomber dans des problèmes de faiblesse.... suite...