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Comprendre la Corrida

EVOLUTION DE L'ART TAURIN

L'ÂGE D'OR

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Joselito "El Gallo"

C’est un gamin pas encore sorti de l’adolescence qui les en détrônera. José Gómez Joselito, frère de Rafaël El Gallo est un surdoué. Très jeune il sait tout des toros, de leur comportement et des subtilités de leur lidia. Très vite, à 13 ans, il fait parler de lui et fin 1912, il a alors 17 ans, il prend l’alternative à Séville et la confirme à Madrid. Il exerce dés lors sur le toreo une suprématie incontestée et ses moyens physiques exceptionnels ajoutés à sa connaissance parfaite du toro en font le meilleur lidiador de tous les temps. Son pouvoir sur les toros est total : c’est le summum de la tauromachie telle qu’on la conçoit alors et on lui prédit un règne sans partage que rien ni personne, homme ou toro, ne saurait remettre en question.




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Juan Belmonte

Dans ce contexte apparaît Juan Belmonte. De petite taille et de constitution fragile, il ne possède aucune des qualités indispensables pour, à l’époque, devenir matador : face au toro de cinq ans et plus dont la force et l’âpreté de la charge sont, davantage qu’une réelle bravoure, les caractéristiques dominantes, il n’a à opposer ni la répidité de réflexes, ni le jeu de jambes, ni le métier si bien appris de Joselito. Seulement sa volonté de ne pas rompre et son désir de mettre en pratique l’intuition qu’il a eue, dit-on, une nuit, alors qu’en cachette il toréait une vache dans le campo. José María Calderón, ancien banderillero de confiance d’Antonio Montes qui lui-même, mais trop tard ou trop tôt s’était engagé sur cette voie, le pousse et le conseille. A la base une idée simple : au lieu de rivaliser de force avec le toro, il faut lui imposer la lenteur. Sa force et sa vitesse doivent se retourner contre lui ; il faut les tempérer en lui imposant une trajectoire courbe et non plus le laisser les développer en ligne droite. Au lieu de le rejeter vers l’extérieur, para fuera, il faut le conduire vers l’intérieur, para dentro. Aux deux préceptes fondamentaux découverts antérieurement, torero immobile et leurre en avant, parar, et nécessité de dévier vers l’extérieur la trajectoire du toro, cargar la suerte, il ajoute un concept nouveau : il faut accorder la vitesse du leurre à celle du toro et, si possible, parvenir à l’intérieur de ce fragile équilibre à ralentir sa charge : templar. Par la suite, perfectionnant sa technique au contact de Joselito, Belmonte parviendra à lier, ligar, quelques passes dans un terrain relativement réduit, sin enmendarse. C’est donc un révolutionnaire au génie dévastateur que Joselito voit se dresser devant lui. La competencia durera cinq ans. Cinq temporadas que beaucoup considèrent comme l’âge d’or de la tauromachie. La lutte paraît pourtant disproportionné, tant Belmonte, à ses débuts, reste à la merci des toros et est incapable de les toréer ; neuf fois sur dix Joselito triomphe. Mais en une seule faena, Belmonte efface tout, subjugue toro, toreros et aficionados. Pour tous les autres il faut s’adapter ou disparaître. Joselito le premier l’a compris et apprend de Belmonte les bases de ce nouveau toreo, que Belmonte, assimilant chaque jour d’avantage la technique de Joselito, invente faena après faena. De lui, le grand Guerrita avait dit qu’il fallait se dépêcher de le voir avant qu’un toro ne mette fin à sa carrière... ou à sa vie. C’est pourtant Joselito, le savant, l’invincible, qui mourra dans l’arène en 1920 à l’âge de vingt-cinq ans, laissant désormais Belmonte seul face à sa légende. Celui-ci restera en activité jusqu’en 1935. Son art, parvenu à maturité, influencera de façon définitive tous ses contemporains. Retiré, riche et adulé, entouré d’une cour d’intellectuels et d’artistes, il mettra fin à ses jours un matin de 1962.

On imite Belmonte, on tente de repousser plus loin les limites de cette tauromachie nouvelle qui allie la beauté plastique de la ligne courbe à l’efficacité. Avant Belmonte, toréer suppose agilité, force et jeu de jambes. Après lui s’impose un toreo où le jeu de poignet et de ceinture deviennent primordiaux. Le jeu de jambe est réduit au strict minimum : l’idéal est de ne pas bouger les pieds. Mais on peut progresser, car ce toreo là Belmonte lui-même ne le réussit qu’avec un certain nombre de toros. Et tandis que Marcial Lalanda restant fidèle à la conception de Joselito s’affirme comme un lidiador largo, d’autres se tournent résolument vers la voie tracée par Belmonte. La cape, capote, sera leur instrument de prédilection ; à cela une raison simple : le toro, qui a cinq ans et beaucoup de forces, vient fort et de loin en début de combat. Par la suite, il fait preuve en raison de son âge avancé d’une grande intelligence du combat, sentido, qui rend plus aléatoire le travail de muleta. Gitanillo de Triana sera le plus brillant. Avec lui, Chicuelo, Cagancho, Antonio Márquez et Victoriano de la Serna élèvent le toreo de cape vers des sommets insoupçonnés : rarement on aura toréé de façon si pure. Manolo Bienvenida et le Niño de la Palma tentent de toréer un plus grand nombre de toros. Tous deux peuvent prétendre à devenir figuras mais aucun ne le pourra : le premier, mort trop jeune, et le second, usé par trop de cornadas graves reçues prématurément.

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Domingo Ortega

C’est Domingo Ortega qui y parviendra. Fidèle aux nouvelles normes, il est le premier à pouvoir avec tous les toros. Pour cela une arme : il marche avec eux, c’est à dire qu’entre deux passes il rectifie sa position pour être placé à l’endroit idéal pour donner la suivante. Ce qu’il perd en émotion (due à l’incertitude du résultat) par rapport à Belmonte, il le gagne en efficacité. Il humanise et banalise le toreo de Belmonte. Son dominio devient total avec le toro diminué de l’après-guerre et il s’impose comme un maestro qui enseigne aux autres toreros. A partir de 1939 il est le lidiador exceptionnel qui hypnotise tous les toros par son temple ; sa conception du toreo réside en deux mots : dominer avec temple. Mais il délaisse le côté esthétique et émotionnel qui avait fait de Belmonte un torero de masses. Son style naturel et sobre pèche par une certaine froideur. Il manque l’émotion que le toro réduit qu’il combat n’est pas capable non plus de susciter.

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Pepe Luis Vazquez

Pepe Luis Vázquez, un sévillan, va pourtant y parvenir et faire dire à Belmonte que son toreo est celui que lui-même a poursuivi toute sa vie. Doté d’une intelligence vive, Pepe Luis Vázquez comprend tous les toros et connaît tous les secrets de leur lidia : il réalise au plus haut point l’osmose entre le sens de la lidia de Joselito et le temple de Belmonte. Citant le toro de loin, toujours au centre de l’arène, il réalise un toreo d’une beauté et d’une pureté rarement égalées tant à la muleta qu’à la cape. L’émotion esthétique qui en émane est totalement nouvelle. Ses détracteurs lui reprochent un manque de courage relatif, voire d’envie. Mais n’est-ce pas justement la marque des plus grands que d’avoir le talent de faire passer pour de la nonchalance ce qui est en fait une impossibilité à réaliser, face à certains toros, le toreo que l’on a choisi ? En outre, avec son toreo subtil et précis mais manquant parfois de continuité, que pouvait pepe Luis face au nouveau phénomène surgi à Cordoue ? Qu’il ait pu maintenir vivante sa conception du toreo et influencer les générations suivantes est une preuve suffisante de son importance. ...suite ...