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Comprendre la Corrida

EVOLUTION DE L'ART TAURIN

LES ANNEES QUATRE-VINGT


Les années quatre-vingt furent passionnantes et d’une richesse de talents peu égalée. Des rescapés des années soixante-dix, fins toreros pour la plupart mais dont les difficultés présentées par le nouveau toro avaient ralenti l’arrivée à maturité et qui, assimilant l’apport technique de Dámaso Gónzalez allait donner toute leur mesure : José Mari Manzanares, Julio Robles, Roberto Domínguez, El Niño de la Capea, Ortega Cano. Une nouvelle génération prometteuse Espartaco, Muñoz, Yiyo. Et deux extrêmes, deux toreros aux conceptions du toreo diamétralement opposées : le vétéran Antoñete et le révolutionnaire Paco Ojeda. Le classicisme le plus pur, face à l’encimismo le plus achevé. Leur mérite à tous deux est immense et leurs formes d’interpréter le toreo dont la différence réside dans l’idée que chacun se fait de la distance à donner au toro, ont pour dénominateur commun la perfection que chacun a atteint dans son registre.

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Ojeda - Manzanares - Ortega Cano - Dominguez - Muñoz - Robles

Après des débuts prometteurs, Paco Ojeda connaît l’oubli. Réfugié dans la région de Sanlucar de Barrameda, en, bordure des marais qui bordent l’embouchure du Guadalquivir, la marisma, il forge alors en solitaire la technique qui va lui permettre de revenir au premier plan. Son but : parvenir dans les plus brefs délais à se placer très prés du toro, plus prés que personne, même Dámaso Gonzalez, ne l’a jamais fait. Son arme : une immobilité progressive absolue, un dominio constant fait de toques précis et répétés. Sa force : un grand courage, un sens de l’anticipation remarquable qui lui permet de ne jamais être pris de vitesse par le toro et une intuition très sûre lui permettant de comprendre la majeure partie des toros qu’il combat. Parvenu dans son sitio de prédilection, Paco Ojeda n’en sort plus et enroule autour de lui les charges forcément raccourcies du fait de la proximité. Sa faculté à attendre le toro, aguantar, son temple, sa vitesse de bras lorsqu’il s’agit de solliciter l’oeil contraire, le rendent irrésistible. Son charisme séduit les foules : il devient en six mois un torero d’époque. On a évidemment beaucoup écrit sur Ojeda. Pour certains il est la négation du toreo dans la mesure où il impose à tous les toros la même distance courte, laissant ainsi passer sans s’y adapter de nombreux toros. Rester dans le sitio de façon systématique est pour eux de l’anti-toreo. Pour d’autres, il est le dernier révolutionnaire de la tauromachie et doit être mis sur le même plan que Belmonte, Manolete ou El Cordobes. Ce qu’il faut en retenir, c’est avant tout son courage et son habileté à lier en toreo contraire la passe naturelle à la passe de pecho dans l’espace le plus court jamais obtenu. Et puis, si l’art consiste à susciter une émotion, comment refuser de voir en Ojeda un des artistes les plus géniaux de notre époque, dont le passage dans les ruedos a radicalement influencé tous ses contemporains.

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"Antoñete"

Cette influence, si elle était exclusive, aurait pu entraîner les toreros contemporains vers une recherche délibérémment encimista. Mais elle a été contrebalancée par le succés remporté, simultanément, par le toreo profondément classique d’Antoñete. Qu’à cinquante ans passés et face au toro actuel, lourd et peu mobile, il ait pu réaliser un toreo d’une telle pureté a incité tous les toreros contemporains à suivre son exemple... tout en retenant la leçon d’Ojeda. Donnant la distance juste, il a, grâce à son temple et à une colocación toujours parfaite, mais aussi à son courage, montré à des générations qui ne l’avaient pas connue toute la grandeur du toreo classique, fait de précision, de légèreté et d’intelligence de la lidia mises au service de la lenteur et de la continuité. Entre deux passes, et quoique semblant sorti de la muleta, le toro reste soumis à son attraction ce qui permet au torero de lui imposer le rythme qu’il a choisi tout au long de trajectoires lumineuses enchaînées harmonieusement. ... suite...