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Comprendre la Corrida

EVOLUTION DE L'ART TAURIN

"MANOLETE"

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Manuel Rodriguez "Manolete"
Car Manuel Rodriguez Manolete va bouleverser les shémas établis. Dés son apparition il divise l’afición. Pour quelques uns il tourne le dos à la règle désormais classique instaurée par Belmonte. Pour d’autres, il ne fait qu’en compléter l’évolution dans la mesure où comme lui il veut conserver le toro dans un terrain réduit et y enchaîner les passes. Et de ce point de vue, non seulement Manolete ressemble à Belmonte, mais il y va plus loin que lui. Pour la masse du public, de même que Belmonte était El Terremoto, le tremblement de terre, il est El Mostruo. Indépendamment de sa forte personnalité et de son courage, son succés se bâtit sur une analyse très juste des circonstances : le toro qu’il combat est moins impressionnant qu’auparavant ; moins lourd, moins racé, il n’apporte pas beaucoup d’émotion en piste : il ne transmet pas. C’est donc lui, Manolete, qui doit susciter cette émotion par son toreo.


Comment ? En restant toujours très prés de lui et en enchaînant les passes entre elles dans le terrain le plus réduit possible : c’est l’encimismo ou toreo encimista. Cela lui impose plusieurs impératifs physiques : rester très droit, car l’espace entre toro et torero est tellement réduit durant la passe que le moindre mouvement en avant entraînerait une perte d’équilibre pour le torero bousculé par le flanc du toro ; se placer de profil par rapport au toro afin de présenter une cible moins large et de pouvoir mieux lui charger la suerte avec la muleta qu’il faut dés lors tenir en retrait car sinon le toro, en raison de la faible distance qui le sépare d’elle, pourrait s’en saisir d’un simple mouvement de tête sans avoir besoin de s’avancer. Cela l’oblige enfin, pour dévier correctement la charge du toro, à charger la suerte en attirant son attention sur la partie de la muleta la plus éloignée de lui, le pico, en la lui présentant plus avancée et, au besoin, en stimulant sa charge par de brèves secousses données à la muleta par le poignet : les toques. Agissant ainsi, il provoque le toro sur l’oeil extérieur au torero : le pitón contrario. Si le toro s’alourdit ou perd de sa combativité, il se croise au-delà du pitón contraire, l’obligeant ainsi à charger, embestir. Le résultat est probant : cinq ou six passes enchaînées en tournant simplement sur les talons.

Bien sûr, ces passes n’ont ni le dominio permanent de celles de Domingo Ortega, ni l’esthétique de celles de Pepe Luis Vázquez. Ce sont plutôt des demi-passes. Mais elles constituent un progrès du point de vue de la continuité du toreo et dénotent un immense courage : on ne reste pas par hasard dix années durant dans ce sitio. Manolete sera tué le 28 août 1947 par le toro Islero de Miura dans les arènes de Linares. Sa mort commotionnera l’Espagne entière et d’idole vivante le transformera en mythe. ...suite ...