Du
toreo défensif des origines au toreo contemporain, lévolution
est considérable. On est passé de lère du contrôle
intermittent des charges du toro à celle de leur contrôle permanent
; du toreo sporadique et syncopé des origines, à la tauromachie
contemporaine continuellement maîtrisée. Loin dêtre due
à des théories abstraites, cette formidable évolution est
le fruit des expériences successives menées à bien par plusieurs
générations de toreros dans leur recherche du sitio idéal
permettant de donner au toro des passes de plus en plus nombreuses et de plus
en plus longues, dans un terrain de plus en plus réduit. Létude
de cette recherche permet de comprendre le toreo contemporain.
Pedro Romero
Si
dés 1726 Francisco Romero est le premier aide à pied, peón,
des toreros à cheval de lEcole Royale dEquitation de Ronda à se distinguer de ses prédécesseurs les plus illustres, Martincho et le Licenciado de Falces, par lemploi de la première
muleta (à lorigine une simple béquille de bois sur laquelle
sont fixés des rubans de couleur) quil utilise pour faciliter la
mise à mort, cest son petit-fils, Pedro Romero, qui est le
premier des toreros connus. Athlétique et intelligent, on lui attribue
quelques 5600 toros tués entre 1773 et 1799 sans recevoir la moindre blessure.
Son idée du combat (la lidia) est simple : tuer le toro dans les délais
les plus brefs. Sa méthode est inspirée de celle de ses prédécesseurs
: lestocade a recibir dans laquelle le matador attend la charge du toro
sans bouger et, déviant son coup de corne à laide de la muleta
tenue de la main gauche, enfonce lépée de la droite. Son style
sobre et efficace sera connu sous le nom de rondeño, de Ronda.
Costillares
Un
de ses contemporains, le sévillan Joaquín Rodriguez Costillares,
conteste sa supériorité. Face au classicisme austère de Romero,
ses nouveautés et sa fantaisie étonnent. Il invente une nouvelle
façon de porter lestocade, le volapié, dans laquelle, au lieu
dattendre la charge du toro, il avance sur lui. Nayant plus à
redouter que celui-ci, immobile, ne rende la mise à mort difficile, il
peut jouer avec lui plus longtemps. Cest lébauche
de la faena.
Pepe Hillo
Son élève, José Delgado Hillo dit Pepe Hillo, accentue
sa recherche et est à lorigine de lécole sévillanne
faite de variété, de grâce et dimprovisation. En 1796,
il publie le premier Traité de Tauromachie de lhistoire : Tauromaquía
o Arte de torear a caballo y a pié, où il définit sa conception
du toreo : les suertes (passes) doivent se faire dans la rectitude du toro, sans
se mettre en travers (se croiser) en aucune manière. Cela suppose quau
moment où le torero provoque la charge du toro il se profile au niveau
de la corne la plus proche de lui, restant en dehors de laxe de celui-ci,
fuera de cacho. Chargeant la suerte, il rejette le toro le plus à lextérieur
possible. En 1801, il est tué par le toro Barbudo dans les arènes
de Madrid.
De
1792 à 1838, Jeronimo José Candido est un torero de compromis.
Elève et beau-frère de Pedro Romero, il subit linfluence
de Costillares et de Pepe Hillo : il perfectionne le volapié et
lui donne sa forme actuelle qui se caractérise par le fait que toro et
torero parcourent chacun une partie de lespace qui les sépare au
moment du cite : cest lestocade al encuentro. Il puise dans le toreo
rondeño la technique et la sobriété de Pedro Romero et dans le toreo sévillan la recherche artistique et esthétique
de Pepe Hillo : il est le premier torero de grand répertoire, largo,
de lhistoire. ...suite ...