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Comprendre la Corrida

TECHNIQUE DU TOREO

LES REGLES DE L'ART

LA THEORIE DE L'IMMOBILITE

Lier les passes dans un terrain le plus réduit possible, ligar sin enmendarse, sans pratiquement bouger, quedarse quieto, est le but poursuivi par tous les toreros. Dans l’idéal, la jambe d’entrée de la suerte, la droite dans le cas d’une naturelle, sert d’axe sur lequel le torero pivote en fin de passe tandis que le toro tourne autour de lui. But difficile à atteindre car il suppose un toro extrêmement mobile qui sorte du muletazo à l’issue de celui-ci et dont les charges répétés en rond sont suffisamment longues pour que le torero n’ait pas besoin de rectifier sa position à l’issue des muletazos.

Le temps n’est plus, comme dans les années soixante, où les vedettes combattaient en corrida des novillos de trois ans, plus mobiles, plus francs, plus spontanés dans leurs charges et qui autorisaient cette immobilité idéale. Aujourd’hui, sort dans les arènes un toro adulte, lourd, réfléchi, peu mobile. Mais malgré cela, quelques rares toreros fondent leur toreo sur un parti pris de stoïcisme absolu, même s’ils savent bien qu’il est difficile de parvenir à ce que le toro tourne indéfiniment autour d’eux. Ce toreo atypique et forcément encimista est évidemment rare car très aléatoire et plein de danger : le toro pardonne rarement les erreurs commises si près de lui. En outre, le public ne comprend pas toujours les efforts réalisés par le torero pour rester dans ce sitio et supporter bravement, aguanter, les charges de plus en plus serrées du toro. Dans la pratique, et par la force des choses, le toreo a donc évolué pour s’adapter aux conditions du toro moderne, plus lourd et moins mobile qu’avant. Et faute de ne pouvoir plus être cet axe immobile autour duquel le toro tournerait indéfiniment sous peine d’être étouffé par ses charges de plus en plus resserrées, le torero doit se déplacer légèrement entre les passes pour retrouver au début de la suivante la distance initiale existante au début de la précédente. Il lui faut alors parvenir à un équilibre délicat en plaçant le toro sur la trajectoire idéale sur laquelle il n’aura aucun mal à suivre le leurre qu’on lui propose, tout en se déplaçant lui-même à l’intérieur des figures ainsi tracées afin de lier les passes entre elles en toreo naturel ou contraire sans interrompre la charge du toro en éloignant de lui le leurre, ni en casser le fil en lui imposant des écarts trop brusques.

Dans les mains du torero, les leurres sont de fallacieuses gourmandises. Tout l’art, et il n’y en a pas d’autre, consiste à les présenter toujours à l’endroit et au moment précis où elles auront le plus d’attrait pour le toro tout en ne lui imposant pas d’effort impossible pour les atteindre : la masse du toro, sa longueur, la vitesse acquise, lui imposent des contraintes purement physiques lors de ses déplacements qui se traduisent par une certaine inertie entraînant un retard dans ses réactions aux ordres de changement de direction ou de rythme que lui donne le torero. Au torero d’anticiper donc à la fois sur les déplacements du toro et sur les réactions retardées que les ordres qu’il lui donne entraîneront sur ceux-ci. On ne conduit pas une bicyclette de la même manière qu’un semi-remorque. Pourtant, le code de la route s’impose aux deux de la même manière. Au torero, qui voit passer dans sa muleta tout au long de sa carrière tous les adversaires correspondant aux stades progressifs qu’il franchit (vache de tienta, becerro de deux ans, novillo de trois, toro de quatre et plus) de savoir rester, en toute circonstance, maître de son ... véhicule. Guidé par son intuition et son expérience, le torero doit donc en permanence chercher ce point de plus grande efficience. Cheminement empirique s’il en est, qui lui permettra de trouver ce que l’on appelle le sitio. ...suite ...