Si la logique empreinte de bon sens de ces préceptes érigés en règles les rendent facilement intelligibles pour tous et permet à ceux qui s’y emploient de distinguer le bon toreo du toreo “light”, leur mise en pratique face au toro est autrement complexe. L’habileté du toro à exploiter toute erreur d’appréciation du torero impose à celui-ci une grande précision dans sa gestion du temps et de l’espace, dans le choix de son propre placement par rapport au toro et dans celui du leurre qui doit toujours être présenté au bon moment et au bon endroit. Apprécier ce moment et cet endroit, être capable d’anticiper sur les réactions du toro, sont le fruit d’une longue expérience et exigent de la part du torero un courage certain : à ce niveau là, il ne s’agit plus de technique théoriquement transmissible mais d’acquis personnels cimentés par l’expérience pratique. A force d’observer le toro, le torero acquiert une vision objective de la réalité de l’arène et sa mise en pratique des règles de bases précédemment énoncées s’effectue à travers le réglage minutieux de nombreux paramètres. S’il se trompe, si son placement ne répond pas aux caractéristiques du toro et si au lieu d’être présenté là où il faut et quand il faut son leurre accroche l’oeil du toro trop tôt ou avec une demi-seconde de retard, le torero ne pourra en aucun cas développer son toreo. De la combinaison parfaite de ces paramètres dépend donc que le torero s’installe ou pas dans le sitio idéal qui lui permettra de dominer et de toréer le toro.
DE LOIN OU DE PRES ?
A quelle distance du toro le torero doit il se placer?
A quelle distance du toro le torero doit se situer ? En matière de tauromachie, pour bien toréer ou bien écrire, tout est affaire de distance. Ni trop, ni trop peu, ni de trop loin ni de trop près. Le sitio exact, le point de vue juste, en prise directe avec la réalité, mais avec le recul suffisant pour laisser place à l’analyse.
Le but du torero est de pouvoir, quand il le décide, provoquer le départ du toro par un simple appel du leurre. Ayant apprécié sa force, sa vitesse, sa bravoure, sa fixité fijeza, il doit trouver la distance précise grâce à laquelle une simple avancée du leurre provoquera le départ du toro immobile jusqu’alors. Cette distance longitudinale varie en fonction de chaque toro et de l’évolution de sa lidia, mais aussi en fonction du parti pris du torero de développer un toreo plutôt qu’un autre, le toreo classique étant celui qui privilégie de toujours donner au toro la distance qui lui convient le mieux pour exprimer sa bravoure.
En début de combat, le toro dispose de toutes ses facultés et accourt promptement et de loin à toute provocation. Par la suite, diminué par l’effort fourni contre le picador notamment, il s’élance de façon moins aveugle et plus réfléchie. La distance diminue et le torero s’installe à mi-distance, environ deux mètres cinquante du toro, une mi-distance considérée par les toreros classiques comme la distance idéale pour bien toréer.
Mais plus le toro se fatigue, plus il s’arrête : se sachant diminué, il calcule mieux son élan, économise ses forces et cherche à frapper à coup sûr. Pour provoquer son départ la distance du cite diminue pourtant et le torero doit se rapprocher. Certains toreros choisissent délibéremment de s’installer systématiquement très près du toro pour donner à leur toreo une charge émotionnelle supplémentaire. Le torero provoque alors des effets spectaculaires en raccourcissant la distance progressivement et en demeurant plus près des cornes à chaque passe au risque d’étouffer la charge du toro. C’est la conception encimista du torero, celle de Dámaso Gonzalez, Paco Ojeda et Jesulín notamment....suite ...