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Comprendre la Corrida

TECHNIQUE DU TOREO

LES PARAMETRES VARIABLES



AVEC OU SANS LE PICO ?

A l’origine, le matador présentait systématiquement sa muleta à plat , offrant au toro la partie centrale de celle-ci, la panza. De cette manière, lorsqu’il s’y engouffre, le toro dérive de la panza vers la pointe, pico, ce qui permet au torero, en dépliant celui-ci de prolonger la passe. En règle générale aussi, le matador avance la muleta par rapport à son propre corps au moment de commencer la passe afin de mieux fixer l’attention du toro dessus. Cependant, et c’est le cas quand il doit citer de près et en se croisant, il lui devient parfois matériellement impossible de présenter la panza ou d’avancer la muleta. Il utilise alors obligatoirement le pico qu’il présente sur l’oeil extérieur du toro, recours qu’il peut être amené à utiliser aussi alors qu’il se situe fuera de cacho, ce qui peut-être le seul moyen d’obtenir d’un toro faible ou décasté qu’il imbiste sans le brusquer. On remarque également dans le toreo moderne, l’usage que font du pico certains toreros pour maintenir la muleta sous l’oeil du toro alors qu’il relève la tête afin de prolonger la charge et d’allonger la passe. Ou encore, en début de passe, pour, en le relevant, doubler la surface du leurre dans le but de lui offrir la partie la plus éloignée de lui.

Et immanquablement, sanctionnant autant le recours licite que le trucage un peu trop évident, on entend alors crier du haut des gradins le pico ! Quelle doit être alors la position correcte de la muleta : à plat, ou inclinée en se servant du pico ? Pourquoi présenter au taureau une muleta parfaitement plane ou plutôt inclinée? Revenons aux origines. Pourquoi les toreros du siècle passé recommandaient-ils de présenter la muleta à plat ? Et bien c’est parce que cette pratique, utilisée par les toreros jusqu’au début de notre siècle, leur permettait de mieux se défendre du taureau. Comme le torero se bornait alors -dit-on- à éviter le taureau lancé en s’écartant de sa trajectoire, le plus sûr était de lui présenter une muleta la plus étendue possible (et donc plane), afin de lui masquer tout autre objectif et de le laisser passer sans conduire sa charge. Il s’agissait d’une tauromachie physique, destinée à fatiguer le taureau et non à créer de la beauté, comme cela deviendra le but, à mesure que l’on entrera dans le siècle.

Si l’usage du pico peut être contraire à la pratique du bon toreo dans certains cas, il en est d’autres où il s’avère indispensable à sa réalisation. Dans quel cas présenter au taureau le pico de la muleta favorise-t-il le bon toreo ? C’est une nécessité pratique si l’on veut réaliser le toreo que souhaite le public d’aujourd’hui. Dans le toreo contemporain, caractérisé par une recherche constante de la beauté, de l’esthétique, de la profondeur et de la longueur des muletazos, l’usage du pico autorise un plus grand naturel. Et le naturel est précisément une des bases du toreo. Si le torero peut présenter au taureau une muleta plane au début du premier muletazo, bien que cela implique une attitude forcée de la main et du poignet, dès le second muletazo, dès lors qu’il est croisé par rapport au toro, pour que la position de la main soit naturelle, il importe que le poignet soit décontracté et souple -afin que le toque ne soit pas brusque- ce qui suppose que la muleta soit légèrement oblique par rapport au taureau, le pico étant un peu plus avancé que la partie arrière ; ce qui n’est pas un défaut si l’on se passe le taureau très près, mais peut le devenir si le but est d’obtenir un toreo lointain et périphérique et que l’on se sert du pico pour éloigner le taureau du corps. Qu’entend-t-on par position naturelle de la main? Que la muleta est pratiquement plane, avec le pico légèrement avancé; ce qui rend son utilisation correcte ; utilisation qui devient incorrecte quand c’est le pico seul qui toque pour provoquer la charge du taureau en l’éloignant du torero.

Indépendamment de ce que l’on pourrait appeler la mise sur orbite du toro, la position initiale de la main et donc l’usage modéré du pico peuvent aussi influer sur la longueur des muletazos : les muletazos s’avèrent toujours plus courts lorsque l’on torée avec la muleta excessivement plane; ce qui pouvait se concevoir autrefois du fait de la grande mobilité des taureaux de l’époque mais ne convient plus avec le taureau contemporain, beaucoup moins mobile, duquel on doit capter la charge dans une muleta présentée de façon légèrement oblique afin d’obtenir de lui, grâce à une muleta croisée, une trajectoire circulaire plus longue autour du torero. ...suite ...