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Comprendre la Corrida

TECHNIQUE DU TOREO

LES PARAMETRES VARIABLES



QUEL DEGRE DE PROXIMITE TOLERER AU TORO ?

Dans ses déplacements et dans sa recherche permanente du sitio, le torero doit s’approcher sans cesse de cette barrière invisible qui le sépare du toro et contre laquelle il doit parvenir à se situer, centrarse, le plus près possible de la trajectoire du toro et pesant sur elle, cargando la suerte, pour la dominer, mais sans jamais la franchir sous peine de briser l’équilibre des forces. On l’a vu, en fonction du toro qu’il aura face à lui, le torero pourra s’approcher plus ou moins de lui, se le faisant passer plus ou moins près en fonction du degré d’acceptation de celui-ci. Un peu comme si leurs auras respectives, corps subtil qui entoure chaque être selon la théorie bien connue des occultistes, en diminuant ou s’élargissant au grés des flux d’énergie qui les nourrissent, règlaient par quelque loi physique non encore démontrée la distance fluctuante et minimale qui doit les séparer idéalement à chaque instant pour que la combinaison des deux forces se conjugue en un tout parfait.

En recourant audacieusement à la physique, on pourrait expliquer les variations de cette distance capricieuse grâce à la théorie des quantas qui met en évidence le principe qu’une énergie émise par une radiation varie d’une façon discontinue par quantités appelées grains d’énergie ou quantas qui s’avérent être proportionnelles d’une part à la fréquence de la radiation et d’autre part à la constante h dite constante de Planck, ou quantum d’action, qui est le produit d’une énergie par un temps. Théorie à laquelle Einstein donnera tout son sens quelques années plus tard en énonçant celle de la relativité qui aboutit à démontrer l’interdépendance existante entre les notions de masses, de temps et d’espace. Pour en revenir aux toros, disons pour simplifier que plus la force émise par le toro augmente en fréquence, en puissance et en durée, plus l’espace du torero se réduit. Et réciproquement bien sûr. On comprendra alors que faute d’être débordé par cette force supérieure à la sienne, le torero prenne quelque distance. En pratique, la preuve incontournable et évidente de la bonne position, colocación, du torero sera sa propre verticalité, la position naturelle et adéquate de ses jambes par rapport au toro permettant à sa ceinture, à ses bras et à ses poignets de fonctionner à l’économie, sans effort superflu ni distortions inesthétiques (on en revient à Einstein!), tout en donnant à ses gestes un maximum d’amplitude.

Tuons au passage deux lieux communs qui ont la vie dure :

Quel poignet fabuleux! dit-on parfois d’un torero. Or, ce qui compte ce n’est pas la souplesse plus ou moins grande de l’articulation mais la façon dont le torero saura grâce à elle inventer pour sa muleta les angles qui s’avèreront les plus convainquants pour captiver le regard du toro. Plus que de souplesse de poignet, ce qui compte c’est la façon plus ou moins souple dont le torero tient son leurre et l’intelligence avec laquelle il le déplace.

Quelle ceinture !
écoute-t-on de la même manière à propos de toreros dont le buste ployé à angle droit par rapport aux jambes accompagne la charge du toro au prix de prouesses d’équilibre. Or, c’est en pivotant le buste et non en ployant sa ceinture que le torero épouse le mieux les charges du toro et leur donne la trajectoire courbe vers l’intérieur qu’il recherche.

A une débauche d’énergie horizontale qui cache bien souvent un sitio approximatif, il faut toujours préférer la parcimonie de ceux qui toréent juste et dont la preuve irréfutable est leur verticalité naturelle.