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Comprendre la Corrida

TECHNIQUE DU TOREO

LES REGLES DE L'ART

TEMPLAR

t1

Fig.1

Après avoir placé le toro sur la trajectoire qu’il a choisie, le torero va s’attacher à harmoniser la vitesse de son leurre avec celle du toro. A cela une raison : laissant constamment le leurre à portée du toro sans que celui-ci ne puisse l’attraper bien qu’il le croie toujours possible, le torero l’incite à poursuivre sa charge sans se préoccuper d’autre chose. Prenons un aimant et un clou : une fois mesurées leurs masses respectives et trouvée la distance d’attraction de l’un sur l’autre, il est facile de faire en sorte que le clou suive l’aimant dans tous ses déplacements. Mais, cette attraction jouant, si l’aimant s’éloigne trop vite, l’attraction cesse et le clou s’arrête ; dans le cas contraire, si l’aimant se déplace trop lentement, l’attraction devient trop forte et le clou le rejoint et s’y colle. De même, si le torero sous-évalue la vitesse du toro, sa force ou sa bravoure, celui-ci n’aura aucune peine à rejoindre le leurre et à le lui ôter des mains. A l’inverse, de même que si l’aimant s’éloigne trop vite, l’attraction ne joue plus et le clou s’arrête, le leurre s’éloignant trop vite, le toro, voyant sa proie lui échapper en cherche une plus accessible... le torero. Faisant donc de sorte que l’attraction de son leurre sur le toro soit constante, le torero va affirmer peu à peu son emprise sur le toro et ralentir sa fougue initiale en concentrant de façon progressive ses élans désordonnés du début sur le leurre qu’il lui présente. Ce faisant, il pourra donner de la force à un toro qui n’en a pas en lui proposant une proie très lente et dont les déplacements ne l’obligent pas à trop baisser la tête ni à effectuer de brusques mouvements. Il pourra aussi à l’inverse réduire la trop grande force ou la brusquerie d’un autre en le contraignant à suivre une proie se déplaçant si bas et sur des trajectoires si courbes qu’elle lui échappe sans cesse en glissant sous ses cornes, por debajo de la pala del pitón. Enfin, en maintenant l’attention du toro sur son leurre entre les passes, il pourra le contraindre à plus de cadence dans sa façon de charger, imprimant ainsi à sa faena un rythme régulier. Cette faculté à épouser le rythme du toro puis, à l’intérieur de l’équilibre obtenu, à régler la vitesse de sa charge en la ralentissant a pour nom le temple (du latin temperare, tempérer).

S’il parvient à TEMPLAR sa charge, le torero va transformer l’élan brusque, rectiligne et impulsif du toro en une embestida mesurée, courbe et prolongée qui prend la forme d’un point d’interrogation, grand apport de Juan Belmonte à la tauromachie(fig.1). La notion de temple est donc indissociable de celle de rythme.

t2

Fig.2

Dans toute passe il y a trois temps (fig.2): le début, moment où le torero immobile doit prendre la tête du toro en avançant le leurre à sa rencontre, c’est le cite ; le corps de la passe, ou réunion, au cours duquel il conduit le toro sur la trajectoire idéale ; et la fin de la passe, ou remate, qu’il doit effectuer en donnant au toro la sortie vers l’intérieur et par le bas afin de favoriser la continuité de son toreo. Ces trois temps sont intimement liés entre eux et supposent une parfaite coordination entre le jeu des trois parties de son corps grâce auxquelles le torero va articuler son mouvement pour le rendre continu et circulaire : la ceinture, qui doit pivoter et non se plier, le bras, qui doit accompagner le mouvement du buste et non agir de façon indépendante sous peine de brusquerie, et le poignet, aidé des doigts, qui en trouvant les angles les mieux appropriés aux circonstances saura toujours présenter le leurre dans la position idéale tout en le soustrayant aux attaques du toro.

Comment déceler dans une passe la faculté de templer du torero ? En vérifiant que la distance existante à son début entre le leurre et le toro n’a pas varié tout au long des trois temps de la passe, que le rythme marqué lors de la première passe s’est maintenu ou ralenti, sans à coups ni accélération brusque, tout au long de la série qui a suivi et que la faculté d’attraction du leurre sur le regard du toro n’a jamais cessé de s’exercer. Pour qui veut comprendre la corrida, un seul repère : observez l’oeil du toro fixé sur le leurre et le rythme qui unit l’un à l’autre ! ...suite ...