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Comprendre la Corrida

LA LIDIA

STRATEGIE DU COMBAT
DANS LA CORRIDA MODERNE

TROISIEME TERCIO

FACONNER LA CHARGE


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Le toreo n’est plus, comme au siècle passé, un exercice exclusif de domination ; il est désormais une pratique artistique dont l’une des conditions de succés est la domination qu’exerce le torero sur le toro. La finalité des origines n’est plus qu’un instrument au service d’un projet plus ambitieux. Avec le toro brave, l’épreuve de force s’impose comme un préalable indispensable et il faut dominer à tout prix. Mais avec le toro manso ou simplement moins brave, il faut surtout savoir “lâcher du lest” et laisser au toro l’impression que c’est lui qui domine pour l’inciter à se livrer davantage : dans plus de la moitié des cas de figure, il ne s’agit plus de domination brute mais de persuasion. La main de fer doit se faire oublier dans un gant de velours, savoir suggérer plutôt qu’imposer et caresser plutôt que rompre. Chaque action réalisée face au toro influant sur la suivante, c’est d’intelligence et de logique que le torero doit avant tout faire preuve.

Quelles passes le torero doit-il donner pour commencer sa faena ? En fonction de la qualité de la charge du toro, de sa force et des terrains utilisables, le torero va débuter sa faena de façon plus ou moins autoritaire. Son but est de mettre le toro dans la muleta, de comprendre ses embestidas et d’épouser son rythme. Ce premier temps de la faena, très court, est le plus souvent une phase d’approche de cinq ou six passes que le torero donne en conduisant le toro du terrain des tablas vers le centre. Avec un toro fort et encasté, ces quelques passes devront avoir pour effet de dominer le toro, de l’obliger à mettre la tête en bas et à suivre la muleta tête baissée sur une longue distance. On dit que le torero se double, se dobla, avec le toro. Les passes données alternativement sur une corne puis l’autre, le torero accompagnant la charge un genou ployé, prennent alors le nom de doblones. Avec un toro noble en apparence et de force juste, le torero choisira plutôt de donner des passes qui tout en lui permettant de prendre la mesure du toro n’obligeront pas celui-ci à faire un effort de nature à le faire renoncer ou douter. Aidées par le haut, statuaires... Décelant dans le toro des qualités d’allant et de mobilité et désireux de débuter sa faena de façon spectaculaire, le torero choisira peut-être de s’installer au centre du ruedo. Citant de loin, il pourra donner un cambio ou plus rarement commencer muleta en avant par des derechazos cités de loin. Mais le torero peut aussi, dans le but d’insufler plus d’émotion à son début de faena, commencer celle-ci par des passes données en s’asseyant sur l’estribo, ou les deux genoux en terre.


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Mais plus que la nature des passes données,c’est la façon dont le torero les donne qui importe. Dans leur grande majorité, les toros arrivent au troisième tiers avec une charge qu’il faut canaliser, éduquer, centrer sur le leurre. Le torero doit donc, comme le ferait un sculpteur avec son bloc d’argile, malaxer longuement la matière, la pétrir pour pouvoir lui donner forme. Travaillant au plus juste des possibilités offertes sans toutefois franchir l’invisible limite au delà de laquelle l’équilibre qu’il recherche se briserait, le torero façonne, soba, la charge du toro pour lui donner forme. De la précision avec laquelle le torero saura gérer ce que l’on pourrait comparer à un round d’observation au long duquel chacun des adversaires prend la mesure et la distance de l’autre, dépend tout le reste de la faena. Et quelle que soit la tactique choisie en fonction des qualités qu’il perçoit chez le toro, jamais le torero ne doit tomber dans l’erreur de raccourcir sa charge, recortarla, en enlevant brusquement la muleta de devant ses yeux, ce qui aurait pour effet d’apprendre à celui-ci à chercher une autre cible, les chevilles du torero par exemple, le rendant tobillero, ou collant, pegajoso. Son pouvoir de domination sera au contraire proportionnel à sa faculté d’imposer au toro de longues séquences au cours desquelles il suivra la muleta tête baissée. Rafaël Ortega.Le torero doit s’efforcer de ne jamais couper la charge du toro. Il doit dominer le toro, mais en l’emmenant très loin. Le torero qui se colle au toro pour soit-disant le châtier ne torée pas. Si le torero ne parvient pas à épouser le rythme du toro ou à lui imposer sa volonté, il ne pourra plus reprendre l’initiative de la faena. Durant ce court round d’observation, les deux adversaires se jugent, se jaugent, s’intimident. Au torero de prendre l’ascendant sans pour autant démoraliser son adversaire. Tout l’art est de l’aider à croire que c’est lui qui mène le jeu afin que sa bravoure ne se tarisse pas dans un combat qu’il pourrait deviner perdu davance.

Bien que courte, cette phase d’approche est fondamentale dans la mesure où elle doit permettre au torero de comprendre de quelle façon le toro embiste sur chacune de ses cornes. Ce qui lui permet d’entrer dans la partie centrale de la faena et de structurer son toreo fondamental sur la corne a priori la plus propice.