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Comprendre la Corrida

LA LIDIA

STRATEGIE DU COMBAT
DANS LA CORRIDA MODERNE

TROISIEME TERCIO

MISE À MORT

.En lui donnant les derniers muletazos, le torero cadre le toro, ou l’égalise. Il le met en place pour porter l’estocade. Les toreros le savent : il arrive un moment où le toro vaincu et dominé se rend, acceptant l’idée de sa mort immédiate qu’il demande à son matador, el toro pide la muerte. Il se livre alors, se entrega, et le matador doit porter l’estocade sans plus attendre. Autrefois on toréait avec l’épée de mort véritable pour pouvoir répondre immédiatement à l’attente du toro. Car en laissant passer ce moment où le toro s’offre à l’épée, le matador prend le risque de voir son adversaire se décomposer, se mettre à marcher, à reculer... rendant difficile la bonne réalisation de l’estocade. Ce qui est souvent le cas si le torero allonge artificiellement sa faena, se pasa de faena, et prend ensuite le temps d’aller au burladero échanger l’épé factice utilisée aujourd’hui pour toréer - parce que plus légère et moins dangereuse en cas de chute - contre l’épée de mort.

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De toutes les suertes du toreo, l’estocade est celle qui véhicule le plus d’imprécisions ou de contre-vérités. Mettre l’épée dans le toro en passant vite est relativement facile. Bien tuer, en revanche, est plus compliqué : comme toute passe, celle au cours de laquelle le torero donne la mort comporte trois temps, le cite, la réunion et le remate, dont la vitesse d’exécution de chacun détermine le mérite plus ou moins grand de la suerte. C’est en décomposant les temps, en les marquant, que le matador obtient une exécution parfaite. Pour mieux en comprendre le fonctionnement, posons les questions de façon basique.

Le mécanisme de l’estocade

Qu’attend le matador du toro ?

Qu’il obéisse à l’ordre donné par sa muleta tenue dans la main gauche et qu’il baisse la tête. Ce qui permet au matador de passer au-dessus de la corne droite tout en allongeant le bras droit qui tient l’épée.


Où placer le toro ?

Dans quatre-vingt dix neuf pour cent des cas, l’estocade a lieu au tercio, ou entre le tercio et les tablas, à peu près entre les lignes tracées pour les picadors. On ne tue le toro dans le terrain des tablas, c’est à dire très près des barrières, que lorsqu’il a été impossible de l’en éloigner. Et on ne le tue au centre que s’il a manifesté une bravoure telle que sa fijeza, le rend encore attentif aux ordres que lui transmet le matador grâce à sa muleta. Condition indispensable à la réussite de la suerte, car au moment de l’estocade et pour la première fois, le matador perd de vue le regard du toro pour se concentrer sur l’endroit où il plongera l’épée.

Comment placer le toro ?

Parallèle aux planches mais jamais perpendiculaire à elle car en s’y appuyant il n’avancerait probablement pas vers le matador rendant difficile l’estocade.
Vers où lui donner la sortie ? Soit vers le centre, c’est la sortie naturelle que l’on donne au toro brave, soit vers les planches, en direction de sa querencia, qui aidera le toro manso à offrir au matador une dernière embestida. C’est la sortie contraire.


Pourquoi les pattes doivent-elles dessiner un quadrilatère ?

Non pas, bien évidemment et comme on le pense souvent, pour faciliter le passage de l’épée, mais pour que le toro, bien placé ainsi sur ses appuis, soit en mesure de répondre instantanément à l’ordre que lui transmettra la muleta. Dans le cas contraire, les pattes n’étant pas cadrées, il marquerait un temps de retard dans sa réaction, ce qui entraînerait vraisemblablement l’échec du matador.

Quelle est la position idéale de la tête du toro ?

Le toro doit être attentif aux mouvements de la muleta, la tête dans le prolongement du dos : trop haute elle cacherait au matador l’endroit où il doit placer l’épée, trop basse, le toro n’aurait qu’à la relever pour se défendre, empêchant le matador de passer.

A quelle distance du toro le matador doit-il se situer ?

Celle-ci varie en fonction des toros. Néanmoins, l’idéal pour le matador est de se placer suffisamment près du toro (entre deux mètres et deux mètres cinquante) pour pouvoir, en allongeant le bras gauche, placer sa muleta sous son muffle. Dans le même temps il glisse son pied gauche derrière la muleta puis avance le droit sur lequel il va prendre appui pour en même temps enfoncer l’épée et basculer de côté au-dessus de la corne droite.

A quel endroit le matador enfonce-t-il l’épée ?

L’emplacement idéal se situe à hauteur du garrot, entre la colonne vertébrale et l’omoplate droit. C’est la croix, la cruz. Le matador peut cependant, en s’engageant davantage, placer son épée sur le côté gauche de la colonne vertébrale ; l’estocade est alors dite contraire. Si autrefois les matadors mettaient un point d’honneur à tuer “dans le haut”, ils cherchent surtout aujourd’hui à tuer vite. On voit donc désormais de nombreuses épées se situer un peu en avant et un peu plus bas que ne le voudait l’orthodoxie, dans ce “coin”, rincón, que le maestro Ordoñez découvrit et légua à ses semblables. Il est bien sûr toujours difficile de savoir si le matador a délibérément visé bas, préméditant son geste, ou si l’emplacement défectueux de l’épée n’est du qu’à une maladresse ou à un sursaut du toro... On ne peut donc juger de la valeur de l’estocade en se référant à son seul emplacement. C’est à la façon dont celle-ci a été portée qu’il vaut mieux se référer : le matador a-t-il cité de prés et est-il allé droit au toro, en corto y por derecho, a-t-il décomposé ses gestes et a-t-il basculé au ralenti par-dessus la corne droite pour sortir le long du côté du toro ? Si oui, et indépendamment du fait que l’épée ait pu “tomber” un peu basse, il a réalisé une grande estocade. Est-il passé très vite en cachant la tête du toro à l’aide de sa muleta ? Même si l’épe est bien placée, il s’agit là d’une estocade plus habile que bien portée.

Le matador dévie-t-il la charge du toro au moment de l’estocade ?

Non, il est illusoire à ce niveau de la faena de vouloir déplacer le toro hors de son axe. Le torero se contente de lui faire baisser la tête au moment où lui-même basculera au-dessus de la corne droite. Néanmoins, les grands matadors donnent à l’estocade toute sa profondeur en imprimant au mouvement de la muleta un rythme comparable à celui qui l’a animée tout au long de la faena. L’estocade peut alors être considérée, dans sa forme la plus aboutie, comme un ultime muletazo donné au ralenti, au cours duquel la main gauche fait baisser la tête du toro puis accompagne le coup de tête vers l’arrière, tandis que le matador, basculant au-dessus de la corne droite, met l’épée en allongeant son bras droit. Ses deux bras qui se croisent au-dessus de la tête du toro sont le signe de la perfection du mouvement. On dit alors du matador qu’il fait la croix.

Pourquoi le matador doit-il “passer la tête” ?

Tout simplement pour ne pas rester devant le toro après avoir mis l’épée, quedarse en la cara. Car en demeurant à sa portée au moment où celui-ci relève la tête, il risquerait fort de se faire attraper. En outre, le fait de se concentrer sur l’effort à produire pour passer la tête au lieu de rester devant, aide le matador à aller au bout de son geste et rend plus probable la réussite de l’estocade. Et dans tous les cas, si l’épée heurte un os, pinchazo, le matador qui a fait l’effort de vouloir passer sera moins déséquilibré, et donc moins en danger, que celui qui se sera contenté d’allonger le bras sans s’engager.

Les différentes estocades

La première manière de porter l’estocade fut celle dite a recibir, le matador attendant immobile la charge du toro pour enfoncer son épée. Avec le développement de la faena, le toro perdant sa mobilité au moment de la mise à mort, survint le volapié, estocade le plus communément utilisée de nos jours et au cours de laquelle, comme nous l‘avons vu dans le mécanisme expliqué ci-dessus, c’est le torero qui franchit l’espace qui le sépare du toro. L’estocade dite al encuentro, à la rencontre, ou a un tiempo, à un temps, n’est qu’une variante intermédiaire entre les deux premières, torero et toro effectuant chacun une partie de l’espace qui les sépare. Dans ce dernier cas, le matador choisit d’attendre, aguantar, que le toro mette la tête dans sa muleta pour avancer à son tour. L’estocade ainsi portée peut aussi être appelée aguantando.

Le descabello, de même que la puntilla que donne un subalterne du matador sont des suertes de recours qui servent à abréger l’agonie du toro touché à mort par l’épée en tranchant son bulbe rachidien. Simple exercice d’adresse que le torero réalise lorsque le toro tarde à tomber, il n’a aucune valeur tauromachique et encore moins artistique. Il ne devrait donc pas influer sur les récompenses éventuelles que peut recevoir le matador. Pourtant, on voit fréquemment des matadors perdre à cause de leur mauvais maniement du descabello tout le bénéfice de leur faena.